Petites contrariétés d'une citadine pas si moderne que ça

Et si on brûlait tous les selfies-sticks ?

Posté le 25 août 2017

De la Grand Place au Colisée en passant par l’Alhambra, il fait le bonheur des pros de la duckface et des vendeurs de rue depuis quelques (trop nombreuses) années.

 

Ce grotesque prolongement du bras droit en plastique qui donne à ses adeptes une allure de cyborgue mégalo est à deux doigts de causer la perte de ma foi en l’humanité.

 

Le ridicule ne tue pas, dit-on ?

C’était vrai, jusqu’à l’invention du selfie-stick…

Plusieurs personnes sont effectivement passées de vie à trépas, le temps d’un cliché, distraits par l’angle parfait que leur procurait leur canne à poire…

Cher payé pour une photo de profil à titre posthume…

 

Cet amour propre de seconde zone en vaut-il vraiment la peine?

C’est un peu comme si Narcisse, au lieu de se mirer dans l’étang, était mort en reluquant son faciès dans le rétroviseur d’une Lada… Triste, n’est-il pas ?

 

Après, libre à chacun de choisir son heure… en laissant le reste du monde tranquille, par pitié !

 

Que les accros du paluchage de la face prennent des risques en se tapant sur le bord d’une falaise pour immortaliser leur moment de gloire au coucher du soleil tout en évitant le gratte-ciel en construction, quitte à sauter dans le ravin, soit.

 

Mais lorsqu’ils dégainent leur armada sous l’impulsion d’un énième auto-portrait, personne n’est à l’abri d’un coup de bâton (involontaire), voire d’une insulte bien placée (avec toute la volonté du monde) pour être passé derrière eux au moment de la prise !

 

Et nous n’en sommes qu’aux balbutiements…

Dans un futur pas si lointain, sous un bourdonnement qui couvrira les cloches du Campanile, la place Saint-Marc sera envahie de drones gravitant au-dessus de chaque touriste un peu trop en amour de lui-même, désireux de ramener un souvenir « authentique », la bouche en cul de poule.

 

Il est temps d’agir.

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Je propose, pour ce faire, une solution des plus conviviales (joignons l’utile à l’agréable) :

 

Un grand feu de joie, où tout un chacun pourra déposer les armes du culte de soi.

Soit une manière comme une autre de réduire la culture de l’égotrip en cendres.

 

Tout le monde danserait autour du brasier, sans filtre, et tous tout nus, pourquoi pas, poussons la décomplexion à son paroxysme.

 

Je veux bien fournir les allumes-feux, la saison des barbecues est bientôt terminée de toute façon.

Bruxelles en l’an 2067

Posté le 17 février 2017

Ca y est. J’ai 80 ans.

 

Quelle chance j’ai d’être toujours en vie !

 

Bien sûr, j’ai mes petits soucis par-ci par-là, mais rien de grave.

Disons que je paie mes erreurs de jeunesse…

 

Il faut dire qu’à l’époque, je n’en faisais qu’à ma tête.

Je marchais au lieu de prendre la voiture, j’allais courir au Bois de la Cambre, j’avais même un vélo c’est vous dire…

J’en ai respiré des particules fines !

 

Mais je ne regrette rien.

J’ai eu une belle vie jusqu’ici.

 

Des moments heureux me reviennent en mémoire…

Ce 12 juillet 43 par exemple, où le pic de pollution était passé du seuil 3 au seuil 2 le temps d’une journée.

Bruxelles Environnement avait fait une grande fête dans l’ancien piétonnier, réouvert pour l’occasion, avec l’hologramme du Grand Jojo en vedette.

Il y avait même eu une distribution de capsules d’air pur gratuites.

 

Quelle époque tout de même !

C’est fou ce que le temps file…

 

Je n’ai pas à me plaindre, j’ai attrapé mon cancer du poumon à 46 ans, c’est tard selon les statistiques bruxelloises, je peux m’estimer heureuse.

Pour l’instant il est stable, pas de quoi m’inquiéter, mais s’il évolue cela deviendra problématique.

En effet, je n’aurai plus droit à un remboursement de ma mutuelle.

C’est le cas depuis l’application de la réforme Maggie Uncare.

 

Quatre-vingts ans, c’est un bel âge…

Bientôt la retraite !

 

Mes collègues m’ont apporté un gâteau.

Je n’ai pas osé souffler mes bougies, j’ai trop de radioactivité dans le corps depuis l’explosion à Tihange.

Ça pourrait provoquer des dégâts, et je ne veux pas prendre le risque d’être renvoyée, surtout depuis l’abolition du chômage par le gouvernement Michel XVII.

 

Mais c’était bien quand même.

 

J’ai reçu un chouette cadeau : un BONGO soins de santé.

« Choix parmi

50 hôpitaux plus ou moins bien équipés ».

Je me tâte encore…

En tout cas j’ai l’embarras du choix !

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Ils sont sympas mes collègues, ils me manqueront quand je serai pensionnée, enfin à la retraite je veux dire, je sais pas pourquoi j’utilise des vieux mots comme ça.

 

Ce soir, je fête mon anniversaire avec mes petits enfants.

Le problème c’est qu’avec l’effondrement de la petite ceinture, Info Trafic prévoit un embouteillage de plusieurs mois…

Si le RER avait été terminé, ils auraient pu arriver à temps.

Mais bon…

 

Avec un peu de chance ils seront là pour mes 81 ans !

Tournée minérale, le coma hydraulique

Posté le 3 février 2017

Je ne me sens pas bien du tout.

Je me suis prise une cuite monumentale ces derniers jours.

 

J’ai fait un coma hydraulique.

On a dû me déshydrater à coup de sèche-cheveux dans la bouche.

 

Un tournée minérale, c’est pas donné.

Un verre de Spa Reine on the rocks est plus cher qu’une Jupiler… J’en ai offert un tas, je suis ruinée.

Mais bon, il paraît que c’est pour la bonne cause.

 

Je ne suis pas bien je vous dis… J’ai mal à la tête.

Je suis sûre que c’est à cause des bulles…

Quelle garce cette Marie-Henriette.

On ne sent rien le soir-même et c’est le lendemain qu’on trinque.

 

On a remis ça hier…

Au début j’ai fait attention, je surveillais ma consommation.

On a décanté une bouteille de Chaufontaine dans la Brita, un grand cru.

Je peux vous dire qu’on l’a dégustée à petites gorgées.

C’est après que ça a dégénéré.

 

J’ai passé une nuit horrible.

Je me suis levée 5 fois pour faire pipi et j’ai transpiré comme une malade.

 

Quand je vois les cadavres dans la cuisine, je comprends mieux. On n’y est pas allé de main morte :

 

Le sac poubelle bleu est rempli de demi de Vittel, le cubi d’Evian est siphonné, il y a des traces de rouge à lèvres autour du robinet.

Même le bidon de Cristaline y est passé.

 

illu_mineraleJe me souviens vaguement que quelqu’un m’a parlé des toilettes.

Mais je ne préfère pas m’en souvenir.

Qu’est-ce qu’on ne peut pas faire, en soirée, quand il n’y a plus rien à boire !

Mon Dieu, j’ai honte.

 

Je dois vous avouer un truc…

Je dors avec une bouteille d’eau à côté de moi.

J’en bois même parfois, la nuit, quand je ne trouve pas le sommeil.

Je crois que je suis accro…

 

Peut-être que je suis allée trop loin.

Pourtant, je sais, « l’excès nuit en tout », je ne cesse de me le répéter.

 

Mais je vais me reprendre.

Lâcher prise, petit à petit.

 

Oui, je peux le faire.

A commencer par diluer mon eau avec un peu de vin, juste pour voir si j’y arrive…

Patrick Sébastien m’a souhaité un bon anniversaire

Posté le 23 janvier 2017

Ce devait être, sans doute, le moment le plus redouté de mon existence.

 

Par un hasard inespéré, je n’avais jamais eu à subir un tel événement.

Combien de fois n’ai-je pas imploré le ciel, cachée dans les toilettes, pour que cela ne m’arrive pas !

 

Je veux parler de cet affront, cette honte générale, cette hypocrite démonstration d’amitié :

 

Le Joyeux Anniversaire chanté à la cantonade au restaurant.

Il a bien fallu que cela m’arrive un jour…

 

Ce soir-là, à la fin  du repas, dignement fêtée,  je peine à profiter de mon verre tant je panique à l’idée que cela pourrait arriver.

 

Tout à coup, sur un kitschissimme « Joyeux Anniversaire » entonné par la probable cousine de Sandra Kim appuyée d’une vieille techno qui n’aurait même pas sa place dans les haut-parleurs de Walibi, les lumières s’éteignent.

La serveuse arrive du fond de la salle, un feu de Bengale entre les mains, alors que la plupart des clients applaudit déjà en rythme.

 

Je deviens blême, scrute chacune de mes copines d’un œil accusateur qui, elles, se réjouissent.

Mais ce n’est pas pour cette fois.

La serveuse, vire à gauche, et adresse le lourd présent à un autre martyr.

 

Les lumières se rallument.

Soulagée, je reste sur le qui-vive.

Mais quelques minutes à peine et la salle est à nouveau plongée dans le noir.

J’ai un frisson.

 

Une voix de Chipmunk annonce, à son tour, l’heureuse journée.

Ouf ! celui-là encore est adressé à un gamin, qui en voudra toute sa vie à ses parents, et qui, pour l’heure, a enfoui son visage dans la capuche de son pull, tirant au maximum sur les cordons pour ne pas être reconnu.

 

Au troisième coup, retentit le tant redouté « Eeeet encore une bougie d’soufflée ! »

Cette fois c’est pour ma pomme.

Patrick Sébastien m’adresse ses meilleurs vœux à travers les baffles, alors que la serveuse dépose un faux trois étages en aluminium devant moi, renversant par la même occasion ce qu’il restait de mon Mojito.

Les clients en ont doucement leur claque, et le nez dans leur assiette, soupirent, sans prendre la peine de battre des mains.

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Ce n’est pas comme si je pouvais souffler la bougie et remballer l’affaire, non, il me faut attendre que le tube en carton veuille bien cesser d’émettre des étincelles…

 

Somme toute, je ne fais que subir un revers de médaille, ayant pris moi-même un malin plaisir à piéger mes camarades par le passé.

Mais, à charge de revanche, je suis bonne joueuse, le prochain aura les confettis et les mariachis !

Blue monday mon cul

Posté le 16 janvier 2017

Ce lundi est, paraît-il, le jour le plus déprimant de l’année.

 

Un début de semaine, au milieu d’un mois hivernal, où victime des abus liés aux fêtes de fin d’année, nous verrons, dit-on, s’abattre en même temps que notre décompte Visa, les quelques résolutions pourtant tenues avec conviction durant deux longues semaines, alors que les prochaines vacances nous sembleront à une éternité.

 

Bref, ce lundi puera encore plus que les autres.

Tant et si bien que nos amis anglophones lui ont attribué le cruel sobriquet de Blue Monday.

 

Mais pourquoi diable s’acharner davantage sur ce jour ?

Il ne fait que subir son sort, suite à sa désignation arbitraire !

 

Lui a-t-on demandé au lundi, s’il acceptait la lourde tâche de prendre la tête de la semaine?

Jamais.

Lui fait-on plaisir, lorsque nous le trahissons sans scrupule, en repensant au weekend trop vite achevé ?

Nullement.

Est-il heureux le lundi, de nous entendre souhaiter que la journée se termine au plus vite ?

En rien.

 

Non, le lundi ne va pas bien.

Il prend des antidépresseurs, a des tendances suicidaires, se rend trois fois par semaine chez le psychiatre l’estomac noué et les lèvres tremblantes, pour parler de son sentiment d’infériorité vis à vis de ses collègues. Il boit plus que modérément, regarde la pluie ruisseler à son carreau le regard vide en pensant à la mort qui ne viendra jamais, et prie tous les soirs pour qu’un peu de douceur vienne apaiser la dure fatalité qui l’accable.

 

Victime de son sort, le lundi s’est renfermé sur lui-même.

Il ne fait plus le moindre effort pour s’attirer un peu de sympathie, amène la grisaille et la mauvaise humeur, fait des visages vultueux dans les métros, remplit les narines de longs soupirs, les bouches de bâillements neurasthéniques et les yeux de vives cernes à faire pâlir Joëlle Milquet.

 

Si nous sommes déprimés par le lundi, c’est parce que nous avons déprimé le lundi.

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Mais cela suffit. Il n’a que trop morflé le pauvre !

Alors, en ce Blue Monday poisseux, j’ai décidé de lui rendre hommage.

 

Au lieu de me morfondre dans ses draps humides et pleurer sur son triste sort, je vais le célébrer, lui faire honneur, le considérer comme un jour de délivrance et non comme le glas d’une interminable routine.

 

Je me suis levée avec l’énergie enivrante d’un vendredi, j’irai me promener dans ses parcs désertés avec une légerté dominicale, m’octroierai les petits excès réservés au weekend, remplirai ses bars vides et ses rues abandonnées de ma fièvre du samedi soir, et le comblerai de réjouissances jusqu’à ses petites heures, pour qu’une fois, une seule fois dans sa morne vie de lundi, il ressente la ferveur accordée aux autres jours.

 

Et tant pis si le reste de la semaine trinque !

Après tout, une fois n’est pas coutume…

Lettre ouverte au Petit Jésus

Posté le 23 décembre 2016

Cher petit Jésus,

 

On ne se connaît pas bien toi et moi, mais malgré que je ne sois plus allée dans une église depuis mon passage obligé au catéchisme et que j’aie oublié les paroles du Notre Père, j’ai quelque chose à te demander.

 

Je sais que tu vas bientôt naître, mais cette année, pourrais-tu faire en sorte de ne pas te montrer ?

 

Au lieu de répandre ta Bonne Parole, tu pourrais, par exemple, rester caché dans ton étable, et te la couler douce à faire du fromage d’ânesse pour le vendre au petit marché de Bethléem.

C’est un mode de vie assez tendance en ce moment. Moi-même, il m’arrive de vouloir m’exiler dans les montagnes avec un troupeau de brebis (non égarées de préférence).

Mais c’est une autre histoire.

 

Si tu faisais ça, petit Jésus, tu ne t’imagines pas à quel point tu nous simplifierais les choses.

 

Comme tu le sais, ici-bas, on célèbre toujours ta naissance.

Et je t’assure que les gens se coupent en quatre pour te fêter.

 

Ce soir encore, ils sauteront dans leur voiture à la recherche des derniers préparatifs, affronteront les embouteillages, renverseront cyclistes et piétons, dans l’espoir d’obtenir la dernière dinde farcie au boudin à la truffe du supermarché qui ouvrira exceptionnellement ses portes jusque 21 heures (oui, les caissières des supermarchés ont deux mots à te dire également).

 

Pourquoi on mange de la dinde farcie la veille de ta venue ?

Bonne question… En hommage à ta mère, peut-être.

 

Mais cette course endiablée (pardon pour le terme) n’est pas ce qu’il y a de plus important.

 

De nos jours, parce qu’elles croient profondément en toi, certaines personnes sont convaincues qu’une femme soumise à son mari obéit à la parole de Dieu (si, je te jure), qu’un homme avec un homme ou une femme avec une femme c’est mal, qu’une femme qui se fait avorter, c’est un crime.

Et ces personnes proclament tout cela dans un sourire angélique, à la mémoire de ton père, beau-père, ou ami proche de ta maman, je ne sais pas trop comment tu l’appelles.

Tu vois un peu le topo ?

 

D’autres ont toujours des problèmes (assumés ou non) avec ceux qui n’ont pas la même couleur de peau, n’adoptent pas la même culture ou la même religion, bref, ceux qui ne sont pas leur copie conforme.

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On a beau te fêter dans une modernité absolue (je ne sais pas si tu as admiré le sapin de la Grand-Place il y a quelques années), certains esprits sont restés coincés deux mille ans et des poussières en arrière.

 

Alors, si tu tiens vraiment à sortir des entrailles de la Vierge, je te demanderais une fois pour toutes de mettre à jour ton message de paix universelle, parce que visiblement, il n’a pas été compris par tous tes fidèles…

 

Ceci résoudrait pas mal de choses, crois-moi.

 

Merci. Et Joyeux Noël !

Mes résolutions pour 2017

Posté le 19 décembre 2016

Ce weekend, au lieu de parcourir la ville de long en large à la recherche de cadeaux de Noël déjà obsolètes, j’ai enfilé mes bottes en caoutchouc, pris ma bêche sur l’épaule, et suis partie dans un coin retiré me construire un bunker.

 

Petit mais fonctionnel, une bibliothèque à côté de la kitchenette, je coulerai des jours paisibles dans mon abri solide, la boîte de conserve en guise de meilleure amie.

 

Qu’à cela ne tienne je me réjouis à l’idée de ne plus entendre les locutions du genre « mesdames et messieurs, ceci est un flash spécial », « deux pour le prix d’un, et avec toute mon équipe, je m’y engage », « nous avons la situation sous contrôle », « vous prenez les timbres pour les casseroles ? », « qu’on s’occupe d’abord de nos SDF ! », « eh vas-y salope, tu suces ? ».

 

Loin de tout ce petit monde qui s’agite au dehors, j’oublierai ceux qui montent dans le métro avant de laisser les autres descendre, ceux qui scandent « un papa, une maman », ceux qui klaxonnent à l’heure de pointe, ceux qui mettent de la mayonnaise dans leur guacamole, ceux qui n’utilisent pas la brosse des cabinets, ceux qui mangent leurs frites à la fourchette, ceux qui ne disent pas merci, ceux qui ne disent pas bonjour, ceux qui ne disent pas pardon.

 

Je ne lirai plus la violence verbale non dissimulée des internautes, se défoulant à coups de « va te cramer les fesses sur les sièges chauffants de ta mini, fils à papa de merde », ou de « ferme ta gueule, bouffeur de quinoa au pull qui gratte ».

 

Je n’écouterai que de la musique douce à mes oreilles et ne payerai pas la moindre taxe si je me laisse aller à un petit déhanché sur la piste improvisée entre mon lit et ma réserve de papier toilette, déambulerai où bon me semble dans le périmètre sans qu’un satellite scrute le moindre de mes mouvements.

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Proximus ne me harcèlera plus sous un numéro privé pour connaître les raisons de mon changement d’opérateur, je serai à l’abri de Thiange 1, à l’abri d’une boîte de Mon Chéri sous le sapin, à l’abri des décisions gouvernementales, à l’abri de traités véreux, à l’abri d’une nouvelle guerre froide.

 

« Mais quelle égoïste ! », êtes-vous, peut-être, en train de vous dire…

Rassurez-vous, j’ai l’âme généreuse, la preuve, il reste de la place.

Alors, qui vient ?

Les charognards de Ryanair

Posté le 2 décembre 2016

Qui n’a jamais volé avec Ryanair ?

 

Un billet d’avion au prix dérisoire pour un inconfort certain, cinq couches de maquillage sur les visages des hôtesses acnéiques, un clairon digne d’un vieux jeu d’arcade après l’atterrissage et des retards à la chaîne sont la fière signature de cette compagnie aérienne.

 

Il serait malhonnête que je médise davantage sur le groupe, alors que j’en connais tous les ressorts et accepte malgré tout leurs conditions de voyage.

 

Ce qui me donne des boutons avec Ryanair, ce ne sont pas les cheeseburger réchauffés à côté des toilettes, ni les innombrables interventions du staff pour vendre des billets de loto, encore moins les étapes fastidieuses avant l’achat du vol qui me proposent des avantages aussi arnaqueurs que superficiels.

 

Non, le pire de Ryanair n’est pas le paquet de flouze amassé sous son allure de kermesse au boudin de seconde zone. Le pire de Ryanair, ce sont ses passagers.

 

Un sociologue qui s’intéresse aux différents aspects de l’individualisme aurait matière à thèse en un simple aller-retour Bruxelles-Bratislava.

Moins il y a de standing, plus l’on s’arrache le moindre bout de privilège.

 

J’en ai pour preuve cet exemple, pris au hasard parmi tant d’autres :

 

Tout commence lors de l’embarquement.

Assise non loin de la porte, je me lève au dernier moment pour rejoindre la file une fois celle-ci réduite à quelques individus.

Grave erreur, je vais en subir les conséquences.

 

Sur le tarmac, la queue s’est reconstituée dans une météo capricieuse, le temps que tout un chacun monte les escaliers qui mènent à l’avion.

Pourquoi est-ce si long ?

Le vent en pleine figure, je m’interroge sur ce que le petit monde du dedans peut bien fabriquer.

 

La réponse me parvient dès que je franchis la porte du Boieng 737. Une véritable cour de récré se dresse devant moi.

De la négociation pour le changement de siège à l’étalage de ses effets jusqu’au milieu du couloir, chacun y met de son ego.

Et tant pis pour ceux qui se les pèlent dehors.

 

Tant bien que mal, j’arrive à mon fauteuil et souhaite déposer ma valise dans la cabine prévue à cet effet avant de m’asseoir.

Ma voisine de siège est justement occupée d’y fourrer sa veste et son sac à main.

En fervente adhérente, elle arbore un pull ligné blanc, jaune et bleu, les couleurs du low-cost.

Dans mon anglais à l’accent à couper au beurre, je lui demande si elle peut ôter sa jacket, histoire que je puisse glisser mon bagage.

« -No », me répond-elle, froide, les yeux baissés.

 

Abasourdie par cette démonstration de narcissisme, je n’ai qu’une envie, sortir ses fringues et les balancer sur le sol en prenant soin de les piétiner.

Mais je rallierais la horde des chacals et n’ai nulle envie de faire à mon tour preuve d’animosité.

 

Je rejoins néanmoins la récréation et, racuseuse, explique la situation à madame l’hôtesse.

Celle-ci n’a pas le temps pour un énième règlement de compte, le décollage ayant dû avoir lieu il y a 15 minutes.

Dans un sourire au bord de la dépression nerveuse, elle emporte ma valise à l’autre bout de l’avion.

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Je passe les deux heures suivantes les pieds entremêlés dans les lanières de mon sac à dos, manteau, écharpe et bonnet sur les genoux, alors que ma voisine, libérée de tout artifice, admire la vue côté fenêtre.

Sa tactique de vautour a fonctionné à merveille, elle se prélasse, ravie d’avoir déjoué le moindre piège, dans lesquels je suis tombée à plusieurs reprises tel un oisillon pour le chat.

 

C’en est trop, me voilà contaminée à mon tour :

Envahie par un instinct de survie, je décide d’en faire ma proie.

 

L’atterrissage terminé, je reste assise jusqu’à ce que l’ensemble des passagers aient évacué l’appareil, racrapotée sur mon siège pour éviter me prendre une roulette dans la figure, les plus pressés se dressant pour récupérer leurs affaires en un temps record.

Ma voisine, collée au hublot, trépigne à moitié-debout dans l’espace exigu qui lui est réservé, les mains enfoncées sur les appuie-tête.

Oserait-elle m’enjamber ?

Elle se confronterait aux autres, en position pour sortir, et peu enclins à céder leur place.

 

J’ai attendu que l’avion soit vide pour m’extirper de ma rangée et récupérer mon bien, libérant l’impatiente passagère, qui devait encore se rhabiller pour sortir dans le froid.

Elle est descendue toute dernière.

 

Telle est prise qui croyait prendre.

L’art ne sert à rien

Posté le 25 novembre 2016

Il serait temps que je le comprenne une fois pour toutes en ce bas-monde:

L’art ne sert à rien.

 

Je rallie donc, poliment et tête baissée, l’avis de Rudy Demotte et Marie-Martine Schyns.

(Après tout, ils sont ministres et en savent plus que moi).

 

Pourtant l’art, j’y ai cru.

A tel point que j’ai décidé d’en faire ma profession.

Après cinq années studieuses, j’ai même eu la permission officielle de l’enseigner, cet art.

 

Mais, pour les ministres compétents de la Communauté Française, j’ai, comme beaucoup d’artistes enseignants, choisi le mauvais filon :

Détenteurs d’un master universitaire, agrégés conformément au décret si soigneusement rédigé, nous subissons une injustice salariale face à nos confrères, diplômés tout comme nous, mais dans des branches jugées bien plus utiles par nos parlementaires.

 

Certains vaillants ont tenté d’en toucher un mot aux membres qualifiés de notre gouvernement.

Les ministres à l’écoute ont donné leur franche réponse :

« Nous ne disposons pas du budget nécessaire pour pallier cette discrimination ».

 

Mais oui, bien sûr, où avais-je la tête !

L’art est une passion, un hobby, un passe-temps, une récréation.

Pourquoi donc, la reconsidération de l’enseignement artistique devrait avoir une priorité dans la course budgétaire ?

Au lieu de me récrier, je devrais m’estimer heureuse de ne pas avoir à passer le chapeau après mes cours…

 

Je pratique un métier que j’aime et peux l’exercer de plein droit, je ne vais pas me plaindre par dessus-le marché !

Qu’elle se taise la saltimbanque, à la fin !

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Et ne parlons pas des élèves qui remplissent les académies…

Quelle drôle d’idée tout de même, que celle de donner à leur vie un sens artistique et créatif.

Épanouissement vous avez dit ? Un besoin frivole, allons.

 

Chers ministres Rudy Demotte et Marie-Martine Schyns, vous avez raison.

Gardons ces distractions pour les jours de pluie ennuyeux.

 

Merci d’avoir éclairé mes yeux, obscurcis par la beauté insignifiante du théâtre, de la musique, du chant, du cinéma, de la poésie, de la peinture, de la sculpture, de la chorégraphie, et j’en passe…

Au nom de tous les professeurs de l’enseignement supérieur artistique à horaire réduit, je vous prie d’accepter humblement, et malgré la superficialité de ma fonction de troubadour, mes considérations les plus distinguées.

Viens que je t’explique la vie

Posté le 18 novembre 2016

L’âge adulte bien entamé (même si je n’arrive toujours pas à m’y faire), mes aînés, -emplis d’une sagesse inconditionnelle et d’un modèle de vie inébranlable-, s’octroient tout doucement le droit de dresser un bilan sur ma courte vie dans le monde des responsabilités.

 

Tels des joueurs d’échecs qui posent méthodiquement leur premier pion, ils tâtent le terrain en commençant les hostilités par ces apostrophes avisées :

 

« Tu aurais du… »

« Il serait temps…  »

« Si tu avais… »

 

Et mes dents grincent déjà.

Lorsque l’occasion m’est donnée, je trouve une excuse pour sortir de la conversation avant de connaître la suite, et laisse en plan la leçon du jour.

Quand je ne peux y échapper, j’incline légèrement la tête en signe de sage écoute, et mets un paquet entier d’ouate psychologique dans mes oreilles.

 

Moi qui pensais avoir franchi le cap des années remontrances « fais ceci, ne fais pas cela »,  je suis loin d’en être libérée…

(A la différence qu’aujourd’hui, on emploie l’usage du conditionnel pour faire passer la pilule plus facilement).

 

En ne respectant pas la « norme », ce modèle de stabilité et de sécurité auquel tout le monde se doit d’aspirer, je suscite l’inquiétude de mon entourage, qui se penche sur moi de tout son jugement, pour m’expliquer ce qu’est la vie.

 

Prenons, au hasard, quelques exemples:

 

« -Si tu avais fait d’autres études, tu n’en serais pas là.

-Il serait temps d’acheter.

-Tu l’as ouvert ce compte épargne pour ta pension ?

-Tu aurais dû passer ton permis comme tout le monde. 

-A ton âge, j’attendais mon troisième.

-Oui, mais à part ça, concrètement, tu fais quoi ?

-Enfin, tu es heureuse et en bonne santé, c’est déjà ça…  »

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Grossièrement dit donc:

« Bouge-toi les fesses ma petite, il est temps de grandir ».

 

Chères grandes personnes, rassurez-vous, je ne vous ai que trop entendu.

Et même si mes journées ne tournent pas autour d’un CDI, d’un emprunt, ou de la recherche d’une crèche, elle est remplie d’un tas d’autres choses qui me donnent envie de me lever le matin.

 

N’est-ce pas là, au fond, le plus important ?

Pour le reste, je propose qu’on en reparle dans trente ans.