Ce lundi est, paraît-il, le jour le plus déprimant de l’année.

 

Un début de semaine, au milieu d’un mois hivernal, où victime des abus liés aux fêtes de fin d’année, nous verrons, dit-on, s’abattre en même temps que notre décompte Visa, les quelques résolutions pourtant tenues avec conviction durant deux longues semaines, alors que les prochaines vacances nous sembleront à une éternité.

 

Bref, ce lundi puera encore plus que les autres.

Tant et si bien que nos amis anglophones lui ont attribué le cruel sobriquet de Blue Monday.

 

Mais pourquoi diable s’acharner davantage sur ce jour ?

Il ne fait que subir son sort, suite à sa désignation arbitraire !

 

Lui a-t-on demandé au lundi, s’il acceptait la lourde tâche de prendre la tête de la semaine?

Jamais.

Lui fait-on plaisir, lorsque nous le trahissons sans scrupule, en repensant au weekend trop vite achevé ?

Nullement.

Est-il heureux le lundi, de nous entendre souhaiter que la journée se termine au plus vite ?

En rien.

 

Non, le lundi ne va pas bien.

Il prend des antidépresseurs, a des tendances suicidaires, se rend trois fois par semaine chez le psychiatre l’estomac noué et les lèvres tremblantes, pour parler de son sentiment d’infériorité vis à vis de ses collègues. Il boit plus que modérément, regarde la pluie ruisseler à son carreau le regard vide en pensant à la mort qui ne viendra jamais, et prie tous les soirs pour qu’un peu de douceur vienne apaiser la dure fatalité qui l’accable.

 

Victime de son sort, le lundi s’est renfermé sur lui-même.

Il ne fait plus le moindre effort pour s’attirer un peu de sympathie, amène la grisaille et la mauvaise humeur, fait des visages vultueux dans les métros, remplit les narines de longs soupirs, les bouches de bâillements neurasthéniques et les yeux de vives cernes à faire pâlir Joëlle Milquet.

 

Si nous sommes déprimés par le lundi, c’est parce que nous avons déprimé le lundi.

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Mais cela suffit. Il n’a que trop morflé le pauvre !

Alors, en ce Blue Monday poisseux, j’ai décidé de lui rendre hommage.

 

Au lieu de me morfondre dans ses draps humides et pleurer sur son triste sort, je vais le célébrer, lui faire honneur, le considérer comme un jour de délivrance et non comme le glas d’une interminable routine.

 

Je me suis levée avec l’énergie enivrante d’un vendredi, j’irai me promener dans ses parcs désertés avec une légerté dominicale, m’octroierai les petits excès réservés au weekend, remplirai ses bars vides et ses rues abandonnées de ma fièvre du samedi soir, et le comblerai de réjouissances jusqu’à ses petites heures, pour qu’une fois, une seule fois dans sa morne vie de lundi, il ressente la ferveur accordée aux autres jours.

 

Et tant pis si le reste de la semaine trinque !

Après tout, une fois n’est pas coutume…

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