Plus bruyante qu’un stade de football, plus bordélique qu’un chantier de la Ville de Bruxelles, au restaurant, la table de vingt couverts est le fardeau de la serveuse, et fait amèrement regretter aux autres clients leur venue.

 

Que j’ai horreur de faire partie de ces ripailles en groupe !

Il est rare que les plats arrivent chauds, je ne parviens pas à discuter avec mon voisin de gauche sans être interrompue par celui de droite, et je suis souvent la victime d’une erreur de commande.

 

Mais, par dessus tout, je maudis le -tant redouté- moment de l’addition.

Alors que la tablée s’est allègrement laissée aller entre les pichets de vin et les portions de frites, la Douloureuse -constamment suspectée de contenir une erreur- surprend toujours .

 

Au moment crucial de dérouler le ticket kilométrique, un diplomate lance l’apostrophe critique:

-« Tout le monde est d’accord de diviser? »

Commencent alors les dissensions, et une longue rengaine, composée en trois temps:

 

1) Le débat :

« -C’est pas correct pour ceux qui n’ont pas pris d’entrée…

dit celui qui se fait le porte-parole des fumeurs restés dehors.

-Moi j’ai juste mangé une salade…

réclame celle qui a piqué avidement sa fourchette dans les assiettes de ses voisins.

-D’habitude je suis pour, mais là, c’est la fin du mois…

annonce un habitué de ce genre de réplique (moi, la plupart du temps).

-Je vous avais dit qu’il était cher ce resto !

(Commentaire inutile qui ne fait qu’accroître la tension palpable).

 

2) Chacun sa part :

S’en suit un enchaînement de savants calculs, dotés de sont lot de problèmes, vu que l’un est trop éméché pour se souvenir de ses consommations, tandis qu’un autre reprend une bouteille et perturbe la donne avec un second ticket.

Au fond de la table, un couple s’essaie à la scène de ménage discrète (madame pensait être invitée par monsieur), alors qu’une râleuse leur marmonne qu’elle n’aurait jamais pris le menu « découverte » (en cinq services) si elle avait su.

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3) La collecte

Entre celui qui « n’a qu’un billet de vingt », celui qui tient à récupérer ses deux euros soixante, celui qui est parti plus tôt (omettant de passer par la caisse), celui qui a oublié son portefeuille et celui qui rafle en douce le pourboire, une bonne âme finit par régler le tout avec sa Visa, et passera les prochains jours à effectuer de fastidieux rappels, dans l’espoir d’être remboursé.

 

Sous les soupirs soulagés du service de salle, la « joyeuse » bande quitte la table, quelque peu aigrie.

Certains traits de caractères -jusque-là ignorés- sont percés à jour, ce qui ne fait qu’alourdir l’atmosphère digestive.

 

Voilà pourquoi, la prochaine fois, je me passerai du festin, et rejoindrai les copains pour le verre digestif dans le bar d’en face.

Car, qui aurait l’affront de diviser une tournée ?

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