Hier soir, je ne sais pour quelle raison stupide, j’ai regardé le JT.

 

Naïve, j’avais en tête la diffusion d’une information utile, transmise avec une certaine retenue, dans un contenu honnête, conduit par une rédaction clairvoyante…

 

(Permettez que j’éclate de rire).

 

Trêve de plaisanterie, je connais le côté pervers des médias, et cette triste faculté qu’ont les journalistes à plonger sans scrupules dans le sensationnalisme dramatique, se couvrant, chacun à leur tour, de ridicule.

 

Je m’attendais donc en toute honnêteté à ce genre de direct, ressemblant plus à de la télé-réalité qu’à une réelle actualité.

Mais, dans un ultime bénéfice du doute, j’ai allumé mon poste.

 

La première accroche aurait déjà du me faire fuir:

« Edition spéciale, un seul titre bien sûr, ce soir ».

Tiens, la RTBF tourne au chauvinisme…

Au vu des événements, le reste du monde n’a aucune importance, et l’actualité belge mérite bien plus qu’une unique chronique bien ficelée.

 

S’en suit donc une pluie de reportages, dotés, je l’avoue, de nombreuses qualités, dont l’Information ne pourrait se passer.

Notons:

 

-De vrais éclaircissements;

« L’opération suit son cours et n’est pas encore terminée ».

-Du suspense;

« Le parquet ne souhaite pas s’exprimer, mais il pourrait-peut-être communiquer dans le courant de la soirée ».

-Du bon sens;

« Il faut sécuriser le périmètre de sécurité ».

-Des précisions ;

« La conférence du parquet est bien attendue ce soir, dans quelques heures, peut-être quelques minutes ».

 

En bref:

« On ne sait rien, mais on va quand même vous le dire! »

 

A la mi-journal, pour l’œil distrait qui aurait eu un moment d’absence, la rédaction reprend du début:

« On revient à présent sur les événements, en images et en témoignages ».

Ouf ! J’avais peur d’avoir loupé quelque chose…

 

Le remplissage par le vide se poursuit donc en toute franchise, enchaînant pauvrement -et en boucle-, les interventions de monsieur et madame tout le monde, dont l’un qui va devoir rentrer à pied, et l’autre à qui on est parvenu à faire dire « qu’il a entendu des coups de feu mais qu’il ne sait rien ».

(J’accorde d’ailleurs la palme de l’interview au bourgmestre :

« Les enfants vont bien, j’ai juste vu une petite fille pleurer parce qu’elle avait perdu son cartable »).

illu_chien

Heureusement, François de Brigode est d’humeur champêtre (serait-ce l’arrivée du printemps?), et relâche la tension, ô combien palpable :

-« On peut dire que ce soir la chasse à l’homme continue à Forest. C’est une bonne pêche pour les policiers ».

 

Tel un disque rayé, la répétition continue, à l’aide d’experts en la matière:

« -Des coups de feu on retenti, visant les policiers, donc on le voit, c’étaient des individus visiblement armés.

Et trente secondes plus tard:

-En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’ils étaient armés. »

 

Entre temps, les différents reporters se les pèlent sur le terrain, afin de nous préciser que « l’opération est toujours en cours » (au cas-où quelqu’un l’aurait oublié).

 

Au moment où le sujet est tellement épuisé qu’il deviendrait malsain d’en parler davantage, la rédaction sort son dernier atout: les archives !

L’émission de télé-réalité nous repasse alors son premier épisode: « Souvenez-vous, … »

 

Mais c’en est trop. Définitivement. Et je coupe mon écran, dans un soupir de soulagement.

 

Sans rancune, François et toute la bande, continuez votre bavardage, je suis malheureusement sûre que l’audimat suit son cours.

Allez, à demain pour de nouvelles précisions, j’espère que machin-chose aura récupéré sa voiture, j’en ai du mal à trouver le sommeil !

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