Il serait temps que je le comprenne une fois pour toutes en ce bas-monde:

L’art ne sert à rien.

 

Je rallie donc, poliment et tête baissée, l’avis de Rudy Demotte et Marie-Martine Schyns.

(Après tout, ils sont ministres et en savent plus que moi).

 

Pourtant l’art, j’y ai cru.

A tel point que j’ai décidé d’en faire ma profession.

Après cinq années studieuses, j’ai même eu la permission officielle de l’enseigner, cet art.

 

Mais, pour les ministres compétents de la Communauté Française, j’ai, comme beaucoup d’artistes enseignants, choisi le mauvais filon :

Détenteurs d’un master universitaire, agrégés conformément au décret si soigneusement rédigé, nous subissons une injustice salariale face à nos confrères, diplômés tout comme nous, mais dans des branches jugées bien plus utiles par nos parlementaires.

 

Certains vaillants ont tenté d’en toucher un mot aux membres qualifiés de notre gouvernement.

Les ministres à l’écoute ont donné leur franche réponse :

« Nous ne disposons pas du budget nécessaire pour pallier cette discrimination ».

 

Mais oui, bien sûr, où avais-je la tête !

L’art est une passion, un hobby, un passe-temps, une récréation.

Pourquoi donc, la reconsidération de l’enseignement artistique devrait avoir une priorité dans la course budgétaire ?

Au lieu de me récrier, je devrais m’estimer heureuse de ne pas avoir à passer le chapeau après mes cours…

 

Je pratique un métier que j’aime et peux l’exercer de plein droit, je ne vais pas me plaindre par dessus-le marché !

Qu’elle se taise la saltimbanque, à la fin !

illu_duchamp

Et ne parlons pas des élèves qui remplissent les académies…

Quelle drôle d’idée tout de même, que celle de donner à leur vie un sens artistique et créatif.

Épanouissement vous avez dit ? Un besoin frivole, allons.

 

Chers ministres Rudy Demotte et Marie-Martine Schyns, vous avez raison.

Gardons ces distractions pour les jours de pluie ennuyeux.

 

Merci d’avoir éclairé mes yeux, obscurcis par la beauté insignifiante du théâtre, de la musique, du chant, du cinéma, de la poésie, de la peinture, de la sculpture, de la chorégraphie, et j’en passe…

Au nom de tous les professeurs de l’enseignement supérieur artistique à horaire réduit, je vous prie d’accepter humblement, et malgré la superficialité de ma fonction de troubadour, mes considérations les plus distinguées.

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