Chaque Mardi Gras, au moment de retourner mes armoires pour trouver un déguisement de dernière minute, un douloureux souvenir me revient en mémoire, -telle une madeleine de Proust oubliée dans le fond du placard qui colle au palais de toute sa péremption-.

 

Mais, trêve de digression, venons-en au fait:

 

C’était il y a bien longtemps, j’avais quitté le centre du pays pour passer le Carnaval près de la région de Malmedy.

Les parents refaisaient le monde autour d’une jate, pendant que je trônais avec les autres enfants sur le char titubant, tiré par les jeunes du village douchés au péket.

 

J’avais attrapé l’accent ardennais en moins de deux, demandais des chiques pour avoir des bonbons et une chiclette pour un chewing-gum.

Bref, je me fondais dans la masse à la perfection.

 

Costume de choix pour la parade :

Je m’étais soigneusement peinturlurée de vert, un bandeau orange autour de la tête :

Une vraie Tortue Ninja !

Pauvre ignorante que j’étais…

 

Entre deux croustillons, un garçon déguisé en Vegeta m’a demandé:

« -Kimin t’és atifèe? »

-En Michelangelo !

-Pokwé?

-Ben parce qu’il est super fort et qu’il adore les pizzas! »

 

L’autre a éclaté de rire, avant d’amener tous ses camarades vers moi :

« -Hé, i-n-a ine bièsse fèye en Tortue Ninja! Ça n’va nin çoula ! »

 

Je n’arrivais pas à rétorquer en wallon, alors, j’ai baissé la tête, devant les garçons qui s’esclaffaient.

(Heureusement que je ne leur avais pas parlé de mes draps de lit à l’effigie du quatuor mutant et de la figurine Splinter sur ma commode…).

 

Mes yeux ont regardé les Minnie, les Fée Clochette, les Candy, et les Petite Sirène qui se faisaient des révérences à la pelle (sauf la dernière qui venait de vomir son galet).

 

Et moi, au milieu de tout ça, en jogging kaki, du sucre impalpable plein mon maquillage…

Me serais-je trompée?

illuvegeta (1)

Le soir, en même temps que brûlait le bonhomme de l’hiver, j’ai senti se consumer un peu de ma singularité.

L’année suivante pour le Carnaval de l’école, j’ai enfilé une robe de princesse qui tourne et posé sur ma chevelure un diadème à paillettes qui a douloureusement appuyé sur l’arrière de mes oreilles.

 

C’est non sans remords que j’ai dit Adieu àMichelangelo.

 

Le combat continue les filles,… jusqu’à dji n’sé nin quand !

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