Dès que le moindre rayon de soleil perce sur le territoire belge, mon téléphone vibre d’un message enthousiaste:

 

« -Ramène ta viande et ta boisson, je gère la salade ! »

 

Telle une lumière au bout du tunnel, ma journée s’éclaire de cette merveilleuse initiative:

Un barbecue, quelle excellente idée !

 

Pourtant, je ne le sais que trop bien, ces soirées tournent souvent en eau de boudin…

 

Sans jouer les mauvaises langues, et dans un souci profond de vérité, voici, retracé avec exactitude, le déroulement de ces festins enfumés :

 

Après un apéro prolongé d’une bonne heure et demie, le barbecue, quelque peu rouillé par un mauvais entretien, est toujours paré de sa bâche trouée.

 

Devant les ventres qui crient doucement famine, l’hôte objecte :

« -J’ai bien voulu faire ça chez moi, mais ça veut pas dire que je me tape l’allumage et tout le bazar ! « .

Au bout d’un long moment, et dans un long soupir, un dévoué se dirige vers le sac de charbon, soulageant le reste des convives.

 

A l’image d’un brasero, le barbecue rassemble… et se prête volontiers aux commentaires.

Rapidement donc, les charognes affamées qui rôdent autour du grill s’insurgent :

« -Ventile pas comme ça, toute la fumée va vers nous !

-T’as fait un foyer avant au moins?

-Moi, je prendrais un sèche-cheveu.

-Tu devrais pas mettre autant de charbon…

-Y a pas encore assez de braises, ça sert à rien de mettre la viande.

-De toute façon, les barbecues ronds, c’est n’importe quoi, la chaleur fout le camp tout de suite.

-Ça n’irait pas plus vite si on mettait tout dans le four ?  »

 

Une fois la bidoche posée, pour passer le temps, je repère les différentes personnalités représentées sur la grille :

 

-Les chipolatas à la couleur suspecte : l’employé modèle ;

(Est passé en vitesse au Carrefour Express après ses heures supplémentaires).

 

-L’unique blanc de poulet : la radine ;

(Reste autour du feu pour être certaine que personne ne prendra sa part).

 

-L’entrecôte irlandaise : le gourmet ;

(S’est ruiné pour une belle pièce, -et n’en aura qu’un piètre morceau vu que tout le monde se sera rué dessus le temps qu’il se resserve une bière-).

 

-Les ribs présaucés: le frugal ;

(Maudit par les autres car la marinade provoque des flammes de 20 cm et crame le reste).

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Vers 22h30, sous la drache (inattendue!) de circonstance, le brave cuistot achève la cuisson à l’aide d’un parapluie, alors que le reste des invités s’est réfugié au salon.

 

Les viandes seront carbonisées (mais crues à l’intérieur), quelques pilons tombés sur la terrasse auront été discrètement remis dans le plat, mais tout le monde saluera l’effort de celui qui ressent déjà les prémisses d’un bon gros rhume.

 

Le tout restera passablement mangeable, grâce à une généreuse couche de Devos Lemmens.

(Et je ferai la politesse de prendre un morceau malgré mon overdose de chips).

 

Le plus absurde dans tout ça?

J’ai beau connaître le canevas sur le bout des doigts, je suis toujours la première à répondre à l’invitation.

Car si la qualité des barbecues belges manque souvent au rendez-vous, il n’est autre qu’un excellent prétexte pour passer un moment des plus conviviaux.

 

J’attends donc chaque fois prochain avec impatience, en laissant le soin à quelqu’un d’autre de s’en occuper !

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