Qui n’a jamais volé avec Ryanair ?

 

Un billet d’avion au prix dérisoire pour un inconfort certain, cinq couches de maquillage sur les visages des hôtesses acnéiques, un clairon digne d’un vieux jeu d’arcade après l’atterrissage et des retards à la chaîne sont la fière signature de cette compagnie aérienne.

 

Il serait malhonnête que je médise davantage sur le groupe, alors que j’en connais tous les ressorts et accepte malgré tout leurs conditions de voyage.

 

Ce qui me donne des boutons avec Ryanair, ce ne sont pas les cheeseburger réchauffés à côté des toilettes, ni les innombrables interventions du staff pour vendre des billets de loto, encore moins les étapes fastidieuses avant l’achat du vol qui me proposent des avantages aussi arnaqueurs que superficiels.

 

Non, le pire de Ryanair n’est pas le paquet de flouze amassé sous son allure de kermesse au boudin de seconde zone. Le pire de Ryanair, ce sont ses passagers.

 

Un sociologue qui s’intéresse aux différents aspects de l’individualisme aurait matière à thèse en un simple aller-retour Bruxelles-Bratislava.

Moins il y a de standing, plus l’on s’arrache le moindre bout de privilège.

 

J’en ai pour preuve cet exemple, pris au hasard parmi tant d’autres :

 

Tout commence lors de l’embarquement.

Assise non loin de la porte, je me lève au dernier moment pour rejoindre la file une fois celle-ci réduite à quelques individus.

Grave erreur, je vais en subir les conséquences.

 

Sur le tarmac, la queue s’est reconstituée dans une météo capricieuse, le temps que tout un chacun monte les escaliers qui mènent à l’avion.

Pourquoi est-ce si long ?

Le vent en pleine figure, je m’interroge sur ce que le petit monde du dedans peut bien fabriquer.

 

La réponse me parvient dès que je franchis la porte du Boieng 737. Une véritable cour de récré se dresse devant moi.

De la négociation pour le changement de siège à l’étalage de ses effets jusqu’au milieu du couloir, chacun y met de son ego.

Et tant pis pour ceux qui se les pèlent dehors.

 

Tant bien que mal, j’arrive à mon fauteuil et souhaite déposer ma valise dans la cabine prévue à cet effet avant de m’asseoir.

Ma voisine de siège est justement occupée d’y fourrer sa veste et son sac à main.

En fervente adhérente, elle arbore un pull ligné blanc, jaune et bleu, les couleurs du low-cost.

Dans mon anglais à l’accent à couper au beurre, je lui demande si elle peut ôter sa jacket, histoire que je puisse glisser mon bagage.

« -No », me répond-elle, froide, les yeux baissés.

 

Abasourdie par cette démonstration de narcissisme, je n’ai qu’une envie, sortir ses fringues et les balancer sur le sol en prenant soin de les piétiner.

Mais je rallierais la horde des chacals et n’ai nulle envie de faire à mon tour preuve d’animosité.

 

Je rejoins néanmoins la récréation et, racuseuse, explique la situation à madame l’hôtesse.

Celle-ci n’a pas le temps pour un énième règlement de compte, le décollage ayant dû avoir lieu il y a 15 minutes.

Dans un sourire au bord de la dépression nerveuse, elle emporte ma valise à l’autre bout de l’avion.

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Je passe les deux heures suivantes les pieds entremêlés dans les lanières de mon sac à dos, manteau, écharpe et bonnet sur les genoux, alors que ma voisine, libérée de tout artifice, admire la vue côté fenêtre.

Sa tactique de vautour a fonctionné à merveille, elle se prélasse, ravie d’avoir déjoué le moindre piège, dans lesquels je suis tombée à plusieurs reprises tel un oisillon pour le chat.

 

C’en est trop, me voilà contaminée à mon tour :

Envahie par un instinct de survie, je décide d’en faire ma proie.

 

L’atterrissage terminé, je reste assise jusqu’à ce que l’ensemble des passagers aient évacué l’appareil, racrapotée sur mon siège pour éviter me prendre une roulette dans la figure, les plus pressés se dressant pour récupérer leurs affaires en un temps record.

Ma voisine, collée au hublot, trépigne à moitié-debout dans l’espace exigu qui lui est réservé, les mains enfoncées sur les appuie-tête.

Oserait-elle m’enjamber ?

Elle se confronterait aux autres, en position pour sortir, et peu enclins à céder leur place.

 

J’ai attendu que l’avion soit vide pour m’extirper de ma rangée et récupérer mon bien, libérant l’impatiente passagère, qui devait encore se rhabiller pour sortir dans le froid.

Elle est descendue toute dernière.

 

Telle est prise qui croyait prendre.

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