Ce weekend, au lieu de parcourir la ville de long en large à la recherche de cadeaux de Noël déjà obsolètes, j’ai enfilé mes bottes en caoutchouc, pris ma bêche sur l’épaule, et suis partie dans un coin retiré me construire un bunker.

 

Petit mais fonctionnel, une bibliothèque à côté de la kitchenette, je coulerai des jours paisibles dans mon abri solide, la boîte de conserve en guise de meilleure amie.

 

Qu’à cela ne tienne je me réjouis à l’idée de ne plus entendre les locutions du genre « mesdames et messieurs, ceci est un flash spécial », « deux pour le prix d’un, et avec toute mon équipe, je m’y engage », « nous avons la situation sous contrôle », « vous prenez les timbres pour les casseroles ? », « qu’on s’occupe d’abord de nos SDF ! », « eh vas-y salope, tu suces ? ».

 

Loin de tout ce petit monde qui s’agite au dehors, j’oublierai ceux qui montent dans le métro avant de laisser les autres descendre, ceux qui scandent « un papa, une maman », ceux qui klaxonnent à l’heure de pointe, ceux qui mettent de la mayonnaise dans leur guacamole, ceux qui n’utilisent pas la brosse des cabinets, ceux qui mangent leurs frites à la fourchette, ceux qui ne disent pas merci, ceux qui ne disent pas bonjour, ceux qui ne disent pas pardon.

 

Je ne lirai plus la violence verbale non dissimulée des internautes, se défoulant à coups de « va te cramer les fesses sur les sièges chauffants de ta mini, fils à papa de merde », ou de « ferme ta gueule, bouffeur de quinoa au pull qui gratte ».

 

Je n’écouterai que de la musique douce à mes oreilles et ne payerai pas la moindre taxe si je me laisse aller à un petit déhanché sur la piste improvisée entre mon lit et ma réserve de papier toilette, déambulerai où bon me semble dans le périmètre sans qu’un satellite scrute le moindre de mes mouvements.

illu-tihange

Proximus ne me harcèlera plus sous un numéro privé pour connaître les raisons de mon changement d’opérateur, je serai à l’abri de Thiange 1, à l’abri d’une boîte de Mon Chéri sous le sapin, à l’abri des décisions gouvernementales, à l’abri de traités véreux, à l’abri d’une nouvelle guerre froide.

 

« Mais quelle égoïste ! », êtes-vous, peut-être, en train de vous dire…

Rassurez-vous, j’ai l’âme généreuse, la preuve, il reste de la place.

Alors, qui vient ?

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