Il y a quelques jours, je rangeais soigneusement ma bibliothèque, comme il m’arrive de le faire de temps en temps, par plaisir de la redécouverte de mes livres, mêlée, je l’avoue, d’un excès de maniaquerie.

 

Devant les quelques espaces vides de mes compartiments bien alignés, j’ai constaté qu’il me manquait certains bouquins.

De là à savoir précisément lesquels, il était difficile de me prononcer.

Où pouvaient-ils bien être ?

 

Un soir de la semaine dernière, j’avais prévu de me repasser un Wes Anderson.

J’y pensais depuis le petit déjeuner, et rien n’allait troubler mes retrouvailles avec Steve Zissou.

Le moment venu, je fouille l’armoire de fond en comble, alors que mon plateau télé refroidit sur la table basse.

Où est ce foutu dvd ?

L’aurais-je revendu au Pêle-Mêle ? Cela m’étonnerait…

 

Lors d’un repas entre copains, un peu nostalgique, j’évoque la musique qui a bercé nos adolescentes oreilles.

Ni une, ni deux, je cherche l’Unplugged de Nirvana.

Il a disparu. Impossible!

 

Où sont donc passées toutes ces choses, devenues si précieuses depuis que j’ai remarqué leur disparition?

Chez d’autres personnes, tout simplement…

 

« -Lis ce livre, c’est une petite perle, je te le prête. »

Erreur !

Beau geste de ma part, sans conteste, mais grosse bévue, si je souhaite un jour récupérer mon bien.

 

Non que l’acquéreur temporaire soit cleptomane, mais l’objet que je lui confie se retrouvera sans doute sur une de ses étagères, et s’y perdra tellement longtemps qu’il deviendra inconsciemment la propriété de cet emprunteur.

 

Bien sûr, j’ai tenté de tenir cette fameuse liste, sur laquelle il est conseillé de noter chacun des effets confiés.

Elle s’est égarée dans les tréfonds de mes tiroirs…

 

Cependant, aidée de ma bonne mémoire, je me souviens la plupart du temps à qui j’ai fait l’honneur de prêter quelque chose:

« -Ce ne serait pas mon Bovary ?, demande-je, l’air innocent, alors que je lorgne la bibliothèque de mon hôte.

-Quoi? heu, non, c’est à moi ce livre ».

Faux, évidemment, mais depuis le temps, il y a prescription. Mon interlocuteur le sait autant que moi.

Dans le meilleur des cas, il me répond :

« -Mais si tu veux, je te le prête ! »

Et je repars victorieuse, -bien que justice n’ait pas tout à fait été rendue-, mon roman sous le bras.

 

Il y a aussi le cas où la personne, consciente d’être en possession de mes affaires, se trouve dans l’impossibilité de me les rendre :

Ainsi, copine, les yeux rouges, m’avoue avoir mon collector de Méliès, mais m’informe dans un sanglot que celui-ci se trouve chez son désormais ex petit-ami, et que depuis leur douloureuse rupture, ils ne se parlent plus.

Adieu, Georges … 

 

Sans compter ceux qui préfèrent jouer les ignorants, plutôt que de me ramener un cd déboîté à jamais, faute d’avoir cassé les minuscules accroches en plastique indispensables à l’ouverture ; une couverture d’album, sur laquelle le chat s’est donné le devoir d’y ronger le coin supérieur droit ; ou un roman, dont les pages 78 et 214 ont été arrachées, du temps merveilleux où bébé commençait à agripper un tas de choses de ses petites mains potelées.

 

Notons également:

« -Je l’ai prêté à quelqu’un, j’avais oublié que c’était le tien. »

Ou encore:

« -Je te jure que je te l’ai rendu. »

 

(Restent ces rares âmes, qui mériteraient une médaille pour leur prévenance, n’omettant jamais de me ramener ce qu’elles m’ont emprunté, alors que je l’ai moi-même oublié).

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Il s’opère donc, dans notre système de copinage généreux, une sorte de troc involontaire, qui fait voyager un petite part de chacun de nous, de maison en maison.

Voilà pour l’aspect philosophique.

 

Pour le reste, j’invite ceux qui se reconnaîtront à retourner leurs placards pour me retourner mes biens.

En retour, j’accepte de vous rendre vos propres affaires.

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