Petites contrariétés d'une citadine pas si moderne que ça

La musique adoucit Bruxelles

Posté le 11 novembre 2016

Hier soir, sous la bise fraîche du mois de novembre, je quitte la place Flagey après un concert à la Soupape.

Direction le lit!

 

A l’arrêt de bus, les écouteurs qui sifflent Tame Impala à mes oreilles, je jette un coup d’œil rapide aux horaires.

Dix minutes d’attente… c’est long, lorsque l’on est statique, et que la froidure pique le bout du nez.

Je préfère rester en mouvement, et portée par The Less I Know The Better, remonte la rue Malibran, sur le tempo.

 

Cela faisait longtemps que je ne m’étais plus octroyée une petite promenade nocturne…

Il est loin, le temps où j’arpentais Bruxelles à pied, de long en large, le jour comme la nuit.

Aujourd’hui, l’insouciance de mes vingt ans envolée, j’opte pour les transports en commun, plus rassurants.

 

Mais il est grand, le pouvoir de la musique !

Et dans les rues sombres, quelques chansons pour seule arme, je suis invincible.

Poussée par une adrénaline eurythmique, je me sens la force de plaquer le premier venu au sol.

Vous voilà prévenu !, me dis-je pour moi-même, la démarche assurée.

 

A l’arrêt suivant, point de bus annoncé dans les temps.

Je continue ma route, curieuse de savoir ce que la lecture aléatoire me réserve.

 

Au pont du Germoir, emprise par le requiem de Mozart, je me sens Reine, et contemple, magistrale, le paysage urbain sous la brume.

« Ce que je kiffe ma ville !  » pense-je, avant de reprendre mon chemin, sous l’influence de Lauryn Hill.

 

Du classique à la soul, l’étrange transition se fait en harmonie.

Mon Ipod aurait-il créé cette playlist sur mesure ?

Chaque morceau est une histoire que je me raconte dans le noir, et s’enchaîne de façon limpide, tels des petits remontants, nécessaires à ma longue déambulation.

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Un peu plus loin sur le trottoir, alors que je chante à tue tête Les filles du Bord de Mer, je scrute le moindre passant noctambule pour l’entraîner dans une valse.

Tsoin, Tsoin ! Le 95 passe à toute allure.

Loin de moi l’idée de courir pour le rattraper ;  je plane mélodieusement sur mon nuage, et avance en cadence, malgré le froid.

 

Devant le cimetière d’Ixelles, les douces Faon Faon me font pousser des ailes.

Emportée par les accords, je quitte les tables grouillantes des bars, pour décoller avec Life On Mars.

 

Mais il est temps de revenir sur terre…

Et, alors que j’entame tout doucement la descente vers mon quartier, Elvis entonne Blue Moon, et me berce jusqu’à ma porte.

 

Je me couche légère.

 

Voilà qui aère l’esprit !

Je repense à cette ballade en me levant, et même si je me suis réveillée avec un solide rhume, ce matin je ne regrette rien.

Excepté Léonard Cohen…

Comme une envie de faire ma valise

Posté le 28 octobre 2016

Certains jours, il me vient la solide envie de rester au lit et de boycotter ma routine matinale :

 

-Chercher à tâtons l’interrupteur, et habituer mes petits yeux à l’attaque de la lampe, pour ne pas trébucher dans le couloir en pleine pénombre ;

 

-Grelotter jusqu’à la douche et mettre l’eau chaude au maximum (la température du thermostat, pourtant allumé, stagne sur 15 degrés jusqu’à mon départ) ;

 

-Ecouter Denis Collard parler de grisaille, de vent, d’averses faibles à modérées sur l’ensemble du territoire, tout en trouant ma tartine sur laquelle je tente d’étaler mon beurre durci ;

 

-Retourner dans la salle de bains, mouiller mes chaussettes sur le tapis encore humide et chercher une éternité le dentifrice planté juste devant moi.

 

Alors ce matin, juste avant d’éteindre la radio, emmitouflée dans mon écharpe, j’ai tiqué sur cette petite phrase :

« Les gens partent de plus en plus loin pour les vacances de la Toussaint. »

 

Rien d’étonnant !

Un chalet dans les Ardennes est synonyme de pluie contre le carreau et longues après-midi de Réussite sur la toile cirée, tandis qu’un appartement à Middelkerke pousse à allumer le poste de télévision dès 11h du matin, après une séance de cuistax qui a gelé le bout de chaque doigt et fait voler la mucosité coulante des narines sur les joues rougies.

 

Ils ont raison, ces éclairés, de partir pour des contrées où subsistent encore quelques rayons !

 

Le temps d’une semaine, leurs oreilles oublieront les sempiternels:

-« On recule d’une heure ou on avance ? Je sais jamais. »

-« Il fait bien cru aujourd’hui. »

-« On s’approche du jour le plus court de l’année. »

-« Tu fais quoi pour le nouvel an ? »

-« Je pars de chez moi, il fait noir, je rentre, il fait noir ! »

-« L’année passée à cette saison, il faisait plus doux. »

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Alors que la canicule du mois d’août me semble à des années lumière, je frise déjà l’overdose de raclette et de soupe au potiron, et retiens de virulents spasmes dès que je tombe sur les chocolats de Saint-Nicolas dans les rayons des supermarchés.

 

D’où l’envie de rester sous ma couette le matin.

Sauf si c’est pour partir à l’aéroport…

 

Je m’adresse donc ici à tous les heureux, qui dès ce soir, s’envoleront là où l’été semble ne s’être jamais arrêté :

Il reste de la place dans votre valise ? Je m’y glisse volontiers.

Et si vous avez prévu de l’espace pour vos souvenirs, ne vous inquiétez pas pour le retour, je compte revenir au mois de juin !

Un vendredi soir en pyjama

Posté le 21 octobre 2016

Il est de ces vendredis, où éreintée par une longue semaine, je retrouve mon « chez moi » avec joie et n’ai plus la moindre envie d’en ressortir.

 

L’idée de commencer le weekend de manière festive ne m’enchante pas plus que ça, et malgré les diverses propositions alléchantes de fêtes, bars, et retrouvailles, je lorgne sur mes pantoufles dès que je passe le pas de ma porte.

 

Il y a quelques années encore, il m’aurait été impensable de refuser la moindre invitation.

A peine rentrée, je ne m’accordais pas deux minutes de répit, et jonglais entre la salle de bains et la chambre, avant d’enfiler une robe légère, et de sortir sur le sol glissant en escarpins et parapluie, pour grelotter toute la soirée, engoncée dans ma tenue, mais à mon avantage.

 

Terminé, ce stress de la fin de semaine, où je m’inquiétais de savoir comment je pouvais célébrer le début du weekend !

Depuis un moment (est-ce l’âge ou le temps hivernal, je ne saurais trop dire), lorsque l’envie me prend, je plonge dans mon pyjama.

 

Ce simple geste relève déjà de l’extase ;

La chaleur du textile sur mes membre frileux, le confort incroyable du pantalon trop large, et la nonchalance avec laquelle je ferme chaque bouton, sont la conséquence d’une détente immédiate.

Je suis parée pour ma soirée.

Et cela m’a pris trente secondes.

 

J’évite pour le coup de vérifier mon allure dans la glace.

Ce costume tout de pilou n’est certes pas des plus élégants…

 

Les motifs infantiles me donnent l’impression de choisir mes vêtements dans les dernières tailles du rayon enfant, la coupe m’ajoute facilement cinq kilos, et la paire de chaussettes antidérapantes qui garnit mes pieds (faisons les choses jusqu’au bout) ferait fuir le premier venu.

 

Mais comme c’est avec mon canapé que je prévois de passer ma soirée, je n’ai cure de mon allure !

Voilà qui me procure un bien fou.

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Ô, la douce sensation de ne pas me soucier de ce qui se passe au dehors, et de baigner dans une totale décontraction, sans culpabilité aucune.

Un verre à la main, je ris, machiavélique, de ceux qui se mettent en route pour le restaurant, à l’heure où je commanderais bien une pizza.

 

Mais attention… faudrait pas non plus que je m’encroûte.

Il serait facile de tomber dans le dangereux versant du peignoir éponge pour tout le weekend.

 

Demain, c’est samedi, demain, je sors.

On est bien d’accord.

Où sont mes affaires ?

Posté le 14 octobre 2016

Il y a quelques jours, je rangeais soigneusement ma bibliothèque, comme il m’arrive de le faire de temps en temps, par plaisir de la redécouverte de mes livres, mêlée, je l’avoue, d’un excès de maniaquerie.

 

Devant les quelques espaces vides de mes compartiments bien alignés, j’ai constaté qu’il me manquait certains bouquins.

De là à savoir précisément lesquels, il était difficile de me prononcer.

Où pouvaient-ils bien être ?

 

Un soir de la semaine dernière, j’avais prévu de me repasser un Wes Anderson.

J’y pensais depuis le petit déjeuner, et rien n’allait troubler mes retrouvailles avec Steve Zissou.

Le moment venu, je fouille l’armoire de fond en comble, alors que mon plateau télé refroidit sur la table basse.

Où est ce foutu dvd ?

L’aurais-je revendu au Pêle-Mêle ? Cela m’étonnerait…

 

Lors d’un repas entre copains, un peu nostalgique, j’évoque la musique qui a bercé nos adolescentes oreilles.

Ni une, ni deux, je cherche l’Unplugged de Nirvana.

Il a disparu. Impossible!

 

Où sont donc passées toutes ces choses, devenues si précieuses depuis que j’ai remarqué leur disparition?

Chez d’autres personnes, tout simplement…

 

« -Lis ce livre, c’est une petite perle, je te le prête. »

Erreur !

Beau geste de ma part, sans conteste, mais grosse bévue, si je souhaite un jour récupérer mon bien.

 

Non que l’acquéreur temporaire soit cleptomane, mais l’objet que je lui confie se retrouvera sans doute sur une de ses étagères, et s’y perdra tellement longtemps qu’il deviendra inconsciemment la propriété de cet emprunteur.

 

Bien sûr, j’ai tenté de tenir cette fameuse liste, sur laquelle il est conseillé de noter chacun des effets confiés.

Elle s’est égarée dans les tréfonds de mes tiroirs…

 

Cependant, aidée de ma bonne mémoire, je me souviens la plupart du temps à qui j’ai fait l’honneur de prêter quelque chose:

« -Ce ne serait pas mon Bovary ?, demande-je, l’air innocent, alors que je lorgne la bibliothèque de mon hôte.

-Quoi? heu, non, c’est à moi ce livre ».

Faux, évidemment, mais depuis le temps, il y a prescription. Mon interlocuteur le sait autant que moi.

Dans le meilleur des cas, il me répond :

« -Mais si tu veux, je te le prête ! »

Et je repars victorieuse, -bien que justice n’ait pas tout à fait été rendue-, mon roman sous le bras.

 

Il y a aussi le cas où la personne, consciente d’être en possession de mes affaires, se trouve dans l’impossibilité de me les rendre :

Ainsi, copine, les yeux rouges, m’avoue avoir mon collector de Méliès, mais m’informe dans un sanglot que celui-ci se trouve chez son désormais ex petit-ami, et que depuis leur douloureuse rupture, ils ne se parlent plus.

Adieu, Georges … 

 

Sans compter ceux qui préfèrent jouer les ignorants, plutôt que de me ramener un cd déboîté à jamais, faute d’avoir cassé les minuscules accroches en plastique indispensables à l’ouverture ; une couverture d’album, sur laquelle le chat s’est donné le devoir d’y ronger le coin supérieur droit ; ou un roman, dont les pages 78 et 214 ont été arrachées, du temps merveilleux où bébé commençait à agripper un tas de choses de ses petites mains potelées.

 

Notons également:

« -Je l’ai prêté à quelqu’un, j’avais oublié que c’était le tien. »

Ou encore:

« -Je te jure que je te l’ai rendu. »

 

(Restent ces rares âmes, qui mériteraient une médaille pour leur prévenance, n’omettant jamais de me ramener ce qu’elles m’ont emprunté, alors que je l’ai moi-même oublié).

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Il s’opère donc, dans notre système de copinage généreux, une sorte de troc involontaire, qui fait voyager un petite part de chacun de nous, de maison en maison.

Voilà pour l’aspect philosophique.

 

Pour le reste, j’invite ceux qui se reconnaîtront à retourner leurs placards pour me retourner mes biens.

En retour, j’accepte de vous rendre vos propres affaires.

Ferme un peu ton clapet

Posté le 7 octobre 2016

Hier matin, dans le bus, malgré les les mines blêmes et chiffonnées qui reniflaient tour à tour autour de moi, -signe indubitable de la fin de la belle saison-, je trouvais que la journée avait particulièrement bien commencé :

 

J’avais déniché une petite place assise, qui plus est, dans le sens de la marche, et plongée dans les pages de mon livre, je savourais d’une oreille un concerto -dont j’ignorerai à jamais le compositeur, vu ma piètre connaissance en la matière-, la conductrice ayant préféré nous passer Musique 3 plutôt qu’un bavard Good Morning.

 

Absorbée par l’histoire que j’étais en train de lire, je profitais allègrement de ce calme voyage, ne voyant ni le temps passer, ni les embarras de circulation qui allaient me mettre en retard, et encore moins la pluie qui tapotait sur la vitre pour me rappeler que mon parapluie était resté à la maison.

 

Tout allait donc très bien…

Jusqu’à cette stridente petite musique.

Dans un premier temps je n’y fis pas attention.

Il s’agissait d’une simple sonnerie de téléphone, comme on peut en entendre tous les jours, toutes les heures, trop souvent.

 

Mais celle-ci, particulièrement sonore, persistait.

Si bien qu’au bout d’un temps, j’ai tourné la tête, afin de détecter le propriétaire du portable, et de lui lancer un de ces regards courtois, mais perçant, en signe d’agacement.

 

L’assourdissante ritournelle provenait d’un sac à main, que la coupable vidait frénétiquement, rouge à lèvres et poudrier dans une main, trousseau de clé dans une autre, à la recherche désespérée de son précieux, qui s’excitait de plus belle.

Bien, l’affaire a l’air de suivre son cours ;

Elle va le trouver, l’éteindre, et s’affaisser légèrement dans son siège pour se faire oublier des autres passagers.

Je retourne à mon chapitre.

 

Il n’en fut rien:

« -Oui, allô, ah c’est toi! Non, non, tu me déranges pas, je suis dans le bus-là ».

Au moins, elle l’a remarqué…

« – Tu vas bien dis ? … mmm.. ah oui, ah ben  oui… M’enfin dis, il va pas commencer non plus! »

 

Probablement dure de la feuille, Madame y mettait du coffre.

Ou bien voulait-elle faire profiter tout le 95 de son captivant dialogue?

(Dans ce cas, je lui aurais suggéré de mettre le haut parleur. Bah, tant qu’on y est…)

 

Bizarrement, une retenue bienséante m’empêchait d’interrompre la commère pour lui demander de mettre la sourdine.

(Une causette d’accord, mais quelques décibels plus bas ne seraient pas du luxe).

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Au lieu de cela, je me concentrais sur ma phrase, que je tentais vainement de lire pour la cinquième fois.

 

Victime d’une indiscrétion involontaire, je suivais les tracasseries qu’un certain Jean-Pierre causait à une dénommée Josiane, correspondante directe de l’incivile voyageuse, visiblement liée à leurs misères, et qui avait son mot à dire dans l’affaire !

 

Découragée, j’ai posé mon roman sur mes genoux, le temps que la saga se termine, ou que, par bonheur, la crécelle narcissique descende du bus.

 

Je vous pointe ici du doigt, Madame, mais vous êtes malheureusement loin d’être la seule…

 

Alors, qu’on se le dise, une bonne fois pour toutes:

 

Faire étalage de sa vie privée dans les transports en commun en éructant tel un ermite qui court tout nu dans les steppes de Sibérie à la première fonte des neiges, revient au même que d’aller se soulager dans les toilettes publiques et de laisser la porte grande ouverte.

 

Préservez votre jardin secret, au lieu de le colporter de la sorte… tout le monde s’en portera mieux, croyez-moi.

 

Et si j’aspire à une histoire lorsque je suis en déplacement, mon livre me suffit amplement !

Quand copine devient maman

Posté le 23 septembre 2016

Après l’annonce, la larme à l’œil, glissée autour d’un café ;

Les 9 mois de métamorphose obligés ;

Il y eut la visite à l’hôpital, où tout sourire et un sein dévoilé, copine me présentait sa rose descendance.

 

La voilà maman.

 

Depuis, copine a changé, et nos soirées se sont quelque peu calmées :

Les rencontres à refaire le monde autour d’une bonne bouteille se concentrent désormais sur le nourrisson, pris de crampes et impossible à coucher.

-« Tu veux encore de la tisane ? », me propose copine éreintée, alors que le générique Des Racines et des Ailes défile.

 

Avant copine m’apprenait à mettre mes atouts en valeur au moyen d’un décolleté que je n’aurais jamais osé porter sans ses éloges.

Aujourd’hui, elle m’enseigne l’art d’attacher un porte-bébé.

-« On attrape vite le truc, tu verras », me dit-elle quand j’ai le bras gauche coincé dans la bretelle…

 

Si je lui propose de passer juste après le boulot, copine est ravie:

-« Oh oui, comme ça je te montrerai la crèche ! »

J’aurais plutôt mangé une glace, mais bon…

Dans la section « Touts Petits », mes séduisants chaussons en éponge aux pieds et mes mains désinfectées, la puéricultrice fait le bilan de la journée :

-« On a bien mangé aujourd’hui, On a eu un biberon à 16h, et On a fini toute sa purée! Par contre On a eu une petite selle liquide à 17h23… »

(Et pendant ce temps, dans ma tête, un singe joue des cymbales).

 

Quand copine m’invite chez elle, j’évite à tout prix d’utiliser la sonnette : je ne voudrais pas m’attirer ses foudres en réveillant la progéniture enfin endormie.

De même, je ne me vexe plus si elle me met dehors après une demie-heure, alors que j’ai pris deux correspondances pour venir la voir :

-« Quand il dort, je dors, sinon je ne récupère jamais, tu comprends ? »

Et je rentre chez moi, une odeur surette dans le nez, souvenir d’une régurgitation sur ma blouse, en guise de bonjour.

 

Lorsque je prends de ses nouvelles, les réponses décalées ne me surprennent plus :

-« Ça va, on essaye les pommes de terre et les carottes aujourd’hui ! »

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Si copine organise une petite sauterie, elle me fait troquer l’apéro contre des Pampers Baby Dry taille 3 (et je suis l’héroïne du jour quand elle devine le paquet sous mon bras).

 

Son appartement d’ordinaire si bien rangé rendent pâles les tableaux de l’Apocalypse.

Et dans le foutoir de layettes, biberons et jouets baveux qui règnent sur le sol, copine me regarde, généreuse :

-« Quand ce sera ton tour, je te passerai tout ça, t’en fais pas ! »

 

Mais derrière son épanouissement maternel, copine crève d’envie d’enfiler sa plus belle robe, de commander un énorme verre de rouge dans un bar interdit aux mineurs, de s’enivrer du brouhaha qu’elle avait presque oublié, et de se défouler sur la piste jusqu’aux petites heures, où elle rentrera sur sa tête, comblée.

 

Elle mettra une journée entière à cuver son vin…

Et ce jour-là, je lui promets de m’occuper de son bambin !

 

A charge de revanche, bien sûr…

Le village de Watermael-Boitsfort

Posté le 16 septembre 2016

Après dix années d’allégeance à Ixelles, j’ai décidé, non sans un pincement au cœur, de changer un peu d’air.

 

L’envie de me mettre au vert m’a poussée vers les bords de la capitale, et j’ai jeté mon dévolu sur Boitsfort.

 

Je quitte les avenues grouillantes pour un quartier calme et arboré :

Les cris des écureuils ont remplacé les roucoulements gras des pigeons, les tondeuses à gazon sont plus douces aux oreilles que les marteaux piqueurs, et le chat, autrefois solitaire, partage désormais ses croquettes avec un hérisson.

 

Ces quelques notes campagnardes ne changent pas pour autant complètement le paysage:

J’ai tout de suite repéré le Paki du coin (qui m’a déjà maintes fois rendu service), la voisine crie « Ici, Zinneke ! » pour rappeler son chien, et je saute dans un 95 dès que l’envie de retourner dans l’agitation du centre me démange.

Je reste bien à Bruxelles (et j’ai bon de le savoir) !

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Ma nouvelle commune dispose d’un aspect authentique qui n’est pas pour me déplaire.

Ici, nul besoin de se la jouer branché pour convaincre:

La bière se prend au Roi Albert, alors que Yeye Volle Gaz et Chauffe Marcel donnent le ton du grand bal populaire.

(Et rien que pour l’audace du jeu de mots, je brûle d’envie de tester le couscous de L’eau à La Babouche !).

 

Dans les cafés de la place Keym, -où j’ai déjà eu l’occasion de traîner mes guêtres-, la spontanéité des piliers de comptoir contraste avec le côté m’as-tu-vu du Châtelain.

Ainsi, alors que je dégustais tranquillement les premières moules de la saison, un habitué s’est penché au bord de ma casserole pour me demander:

-« Vous savez contre qui Anderlecht joue ce soir ? Non ? C’est pas grave, bon appétit hein ! ».

Et pas plus tard qu’hier, Marraine (affectueusement surnommée de la sorte par ses pairs) s’est permise de me donner quelques leçons de savoir vivre:

-« Fais gaffe à ce que tu fais ou dis, ici tout se sait ! Allez, santé ! »

 

En effet, difficile de ne pas comparer Boitsfort a un grand village…

Auparavant, cloîtrée dans les hauteurs de mon appartement, personne ne soupçonnait mon existence à l’intérieur des murs.

Ici, impossible de passer inaperçue:

« -Vous êtes nouvelle, vous !

-Euh… oui.

-Bienvenue ! Vous allez voir, ici, c’est super ! Alors, dimanche, il y a un vide-grenier un peu plus haut dans la rue, allez faire un tour c’est super. Et à midi, un concert du feu de dieu dans la brasserie, avec un super groupe! Vous avez signé la pétition contre le placement d’une antenne GSM (ici on dit encore le mot GSM) ? Ça vous dérange si je vous donne une affiche pour que vous la colliez à votre fenêtre ? Ce serait super de votre part ! »

 

L’accueil chaleureux du voisinage est plus que prometteur, et pour lui rendre la pareille, j’ai promis de faire les présentations avec un petit coup de bienvenue chez moi, bien comme il se doit !

 

Cher Watermaeliens-Boitsfortois, je vous apprécie déjà !

C’est l’addition, je vais faire pipi

Posté le 29 juin 2016

Plus bruyante qu’un stade de football, plus bordélique qu’un chantier de la Ville de Bruxelles, au restaurant, la table de vingt couverts est le fardeau de la serveuse, et fait amèrement regretter aux autres clients leur venue.

 

Que j’ai horreur de faire partie de ces ripailles en groupe !

Il est rare que les plats arrivent chauds, je ne parviens pas à discuter avec mon voisin de gauche sans être interrompue par celui de droite, et je suis souvent la victime d’une erreur de commande.

 

Mais, par dessus tout, je maudis le -tant redouté- moment de l’addition.

Alors que la tablée s’est allègrement laissée aller entre les pichets de vin et les portions de frites, la Douloureuse -constamment suspectée de contenir une erreur- surprend toujours .

 

Au moment crucial de dérouler le ticket kilométrique, un diplomate lance l’apostrophe critique:

-« Tout le monde est d’accord de diviser? »

Commencent alors les dissensions, et une longue rengaine, composée en trois temps:

 

1) Le débat :

« -C’est pas correct pour ceux qui n’ont pas pris d’entrée…

dit celui qui se fait le porte-parole des fumeurs restés dehors.

-Moi j’ai juste mangé une salade…

réclame celle qui a piqué avidement sa fourchette dans les assiettes de ses voisins.

-D’habitude je suis pour, mais là, c’est la fin du mois…

annonce un habitué de ce genre de réplique (moi, la plupart du temps).

-Je vous avais dit qu’il était cher ce resto !

(Commentaire inutile qui ne fait qu’accroître la tension palpable).

 

2) Chacun sa part :

S’en suit un enchaînement de savants calculs, dotés de sont lot de problèmes, vu que l’un est trop éméché pour se souvenir de ses consommations, tandis qu’un autre reprend une bouteille et perturbe la donne avec un second ticket.

Au fond de la table, un couple s’essaie à la scène de ménage discrète (madame pensait être invitée par monsieur), alors qu’une râleuse leur marmonne qu’elle n’aurait jamais pris le menu « découverte » (en cinq services) si elle avait su.

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3) La collecte

Entre celui qui « n’a qu’un billet de vingt », celui qui tient à récupérer ses deux euros soixante, celui qui est parti plus tôt (omettant de passer par la caisse), celui qui a oublié son portefeuille et celui qui rafle en douce le pourboire, une bonne âme finit par régler le tout avec sa Visa, et passera les prochains jours à effectuer de fastidieux rappels, dans l’espoir d’être remboursé.

 

Sous les soupirs soulagés du service de salle, la « joyeuse » bande quitte la table, quelque peu aigrie.

Certains traits de caractères -jusque-là ignorés- sont percés à jour, ce qui ne fait qu’alourdir l’atmosphère digestive.

 

Voilà pourquoi, la prochaine fois, je me passerai du festin, et rejoindrai les copains pour le verre digestif dans le bar d’en face.

Car, qui aurait l’affront de diviser une tournée ?

Total dégoût

Posté le 15 juin 2016

Il y a de cela quelques années, je me tournais, confiante, vers Lampiris, pour me fournir en gaz et électricité.

 

J’étais certaine du bon vouloir de l’entreprise familiale, et les solides accents liégeois des collaborateurs en ligne, me transmettaient une sympathie sans égale.

 

J’achetais vert et « bien de chez moi », bref j’avais fait le bon choix.

 

Alors, hier, lorsque Lampiris m’a annoncé -dans un joli mail poudre aux yeux- son rachat par Total, multinationale faisant partie des plus grandes industries polluantes du monde, j’ai ri.

Pour ce qui est de prendre les gens pour des imbéciles, voilà un très bel exemple de réussite !

 

Après avoir relu le message prodiguant la pérennité éthique de l’ex groupe belge, mentionnant que « rien ne changera pour les consommateurs », je me suis posé la question suivante:

Est-ce qu’un seul de leur client va croire à ce charabia peu convainquant et suintant la pourriture?

 

Si je résume:

Total va continuer à me fournir une énergie verte (laissez-moi rire, une fois de plus), pendant que je perpétue mes dons à Greenpeace pour nettoyer les plages et les océans, suite à un déversement de mazout causé par l’entreprise pétrolière…

 

Au lieu de faire profil bas, Lampiris s’enlise davantage, en sommant ses community managers de faire passer la pilule sur les réseaux sociaux à coup de piètres commentaires ponctués d’émoticônes, et de parallèles absurdes, tel que le rachat de Pixar par Disney...

Aurait-on encore l’outrage de nous faire croire à un conte de fées?

 

La petite entreprise belge « à taille humaine » s’est pris un solide coup de goudron dans l’aile.

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A l’heure qu’il est, alors que mon contrat est en cours de résiliation, les fondateurs du groupe, prônant depuis 2003 la force d’un fournisseur national et respectueux de l’environnement, repartent bienheureux, le blé plein les poches, et la conscience dans le caleçon.

 

Cette trahison me donnera au moins, une bonne fois pour toutes, la preuve que les entreprises aux belles idéologies sont éphémères, et relèvent, trop souvent, du canular.

C’est, hélas, une bien triste consolation…

Creepy Airbnb

Posté le 8 juin 2016

Amsterdam, le temps d’un weekend…

 

Une escapade entre filles, où promenades, visites et fêtes, se mêlent aux bavardages et éclats de rire.

 

Un tour sur Airbnb, le choix d’un logement pas trop luxueux (notre portefeuille est maigre), mais tout de même correct (fini, le temps des scouts), et le tour est joué.

 

Vendredi matin, serrées à cinq dans une voiture qui transpire déjà la bonne humeur, nous informons Liz, notre hôte, de notre arrivée.

 

Sur le parking du rendez-vous, c’est un certain Johnson qui se présente à nous, excusant Liz de ne pouvoir être présente.

Celui-ci nous mène jusqu’à l’appartement… situé dans un HLM.

 

Un peu surprises par le lieu (fort éloigné de la description sur le site), nous préférons en blaguer:

« -Tiens… cette trace rouge sur le mur… c’est rassurant ! ».

 

Johnson nous ouvre la porte, et nous observons brièvement le studio:

Niveau propreté, ce n’est pas le palais des glaces, mais en mettant de côté les cadavres de bouteille dans la cuisine, cet endroit fera bien l’affaire pour deux courtes nuits!

 

Après une excellente sortie, fourbues, grisées et le sourire aux lèvres, nous revenons chez « nous » avec une seule envie:

Nous glisser dans nos plumes !

C’était sans compter sur la présence d’une sixième locataire, qui squattait bruyamment le placard…

A en juger par les mini fientes retrouvées sur le drap de lit, cette souris est installée ici depuis belle lurette.

Nous rejetons vivement la couette à l’autre bout de la pièce, et avons juste le temps d’apercevoir la clandestine résidente s’enfuir de la chambre.

 

Le lendemain, nous envoyons un mot à notre hôte, photos à l’appui, et transmettons le tout à Airbnb.

Une réponse de la part du site ne se fait pas attendre:

L’appartement est sale, en mauvais état, et ne correspond pas à la description fournie.

Airbnb nous propose un remboursement de 50%.

 

Satisfaites, nous sortons profiter de notre seconde journée.

Mais Johnson nous texte, pour nous sommer de revenir à l’appartement et discuter.

Liz, avertie du litige, n’est visiblement pas très contente.

Nous lui répondons gentiment que nous n’allons pas nous retaper 20 minutes de transport, mais que c’est avec plaisir que nous lui montrerons les défauts de l’appartement le lendemain, au check-out.

Johnson insiste, et nous bombarde de messages.

Fatiguées de tous ces échanges, nous lui écrivons une dernière fois qu’il serait de bon ton qu’il nous laisse tranquilles jusqu’au moment du départ.

 

Le soir, rentrées à l’appartement, le wifi faisant son office, nous découvrons un mail de Liz, nous expliquant qu’elle a annulé la réservation suite à notre réclamation, et que son ami passera prendre les clés.

Nous prenons ce mail pour une ridicule menace, sachant l’hôte furieuse.

Prudentes, nous laissons tout de même la clé sur la porte, et allons nous coucher.

 

Sur les coups des trois heures du matin, nous sommes réveillées par une voix bruyante.

L’ombre d’un homme se dessine sur le rideau de la fenêtre. La sonnette retentit.

Sans faire le moindre bruit, nous nous rassemblons toutes les cinq dans la même pièce, apeurées.

Des coups violents retentissent sur la porte, et les cris de Johnson se font plus forts:

Il veut « juste nous parler ».

illu_airbnb

Nous restons silencieuses, dans l’espoir qu’il finira par nous croire absentes.

Mais l’homme introduit sa clé dans la serrure… et surpris par le fait de ne pouvoir entrer, se met à hurler.

La panique nous saisit.

 

Nous sommes prêtes à composer le 112, mais Johnson menace de défoncer la porte.

Le temps que la police arrive, il sera déjà dans l’appartement…

Nous lui répondons, en hurlant à notre tour, que nous sommes en petite tenue, et qu’il peut bien attendre deux minutes !

En un rien de temps, nous rassemblons nos affaires.

Au moment d’ouvrir la porte, nous ne savons absolument pas ce qui nous attend…

 

Johnson, les yeux rouges, se tient devant l’entrée, accompagné d’un ami.

Tout en se roulant un énorme pétard, il se met à nous reprocher, dans un anglais approximatif, que nous n’avons pas eu une attitude correcte, et termine sur cette note:

-I’m sad girls… you know… I’m very sad…

Effrayées par l’attitude fiévreuse de l’homme (sous l’emprise d’une bonne palette de stupéfiants), nous échappons à ses dernières paroles, descendons l’immeuble en quatrième vitesse, sautons dans la voiture, et allons nous calmer quelques centaines de mètres plus loin.

 

Sur le bord d’une chaussée, en pyjama, nous essayons de retrouver nos esprits, avant de reprendre la direction de Bruxelles.

Trois longues heures de route dans un brouillard épais, et nous voilà chez nous, saines et sauves.

 

Mais il faut plus qu’un stonard malveillant pour nous abattre !

 

Le dimanche s’est donc passé dans notre capitale, autour de quelques verres, et de quelques bons fous rires, nous remémorant la bonne partie de notre séjour écourté, non sans cracher sur celui qui nous a fait vivre cet angoissant scénario, digne d’un film de série B.