Petites contrariétés d'une citadine pas si moderne que ça

Les Belges ne savent pas faire de barbecue

Posté le 1 juin 2016

Dès que le moindre rayon de soleil perce sur le territoire belge, mon téléphone vibre d’un message enthousiaste:

 

« -Ramène ta viande et ta boisson, je gère la salade ! »

 

Telle une lumière au bout du tunnel, ma journée s’éclaire de cette merveilleuse initiative:

Un barbecue, quelle excellente idée !

 

Pourtant, je ne le sais que trop bien, ces soirées tournent souvent en eau de boudin…

 

Sans jouer les mauvaises langues, et dans un souci profond de vérité, voici, retracé avec exactitude, le déroulement de ces festins enfumés :

 

Après un apéro prolongé d’une bonne heure et demie, le barbecue, quelque peu rouillé par un mauvais entretien, est toujours paré de sa bâche trouée.

 

Devant les ventres qui crient doucement famine, l’hôte objecte :

« -J’ai bien voulu faire ça chez moi, mais ça veut pas dire que je me tape l’allumage et tout le bazar ! « .

Au bout d’un long moment, et dans un long soupir, un dévoué se dirige vers le sac de charbon, soulageant le reste des convives.

 

A l’image d’un brasero, le barbecue rassemble… et se prête volontiers aux commentaires.

Rapidement donc, les charognes affamées qui rôdent autour du grill s’insurgent :

« -Ventile pas comme ça, toute la fumée va vers nous !

-T’as fait un foyer avant au moins?

-Moi, je prendrais un sèche-cheveu.

-Tu devrais pas mettre autant de charbon…

-Y a pas encore assez de braises, ça sert à rien de mettre la viande.

-De toute façon, les barbecues ronds, c’est n’importe quoi, la chaleur fout le camp tout de suite.

-Ça n’irait pas plus vite si on mettait tout dans le four ?  »

 

Une fois la bidoche posée, pour passer le temps, je repère les différentes personnalités représentées sur la grille :

 

-Les chipolatas à la couleur suspecte : l’employé modèle ;

(Est passé en vitesse au Carrefour Express après ses heures supplémentaires).

 

-L’unique blanc de poulet : la radine ;

(Reste autour du feu pour être certaine que personne ne prendra sa part).

 

-L’entrecôte irlandaise : le gourmet ;

(S’est ruiné pour une belle pièce, -et n’en aura qu’un piètre morceau vu que tout le monde se sera rué dessus le temps qu’il se resserve une bière-).

 

-Les ribs présaucés: le frugal ;

(Maudit par les autres car la marinade provoque des flammes de 20 cm et crame le reste).

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Vers 22h30, sous la drache (inattendue!) de circonstance, le brave cuistot achève la cuisson à l’aide d’un parapluie, alors que le reste des invités s’est réfugié au salon.

 

Les viandes seront carbonisées (mais crues à l’intérieur), quelques pilons tombés sur la terrasse auront été discrètement remis dans le plat, mais tout le monde saluera l’effort de celui qui ressent déjà les prémisses d’un bon gros rhume.

 

Le tout restera passablement mangeable, grâce à une généreuse couche de Devos Lemmens.

(Et je ferai la politesse de prendre un morceau malgré mon overdose de chips).

 

Le plus absurde dans tout ça?

J’ai beau connaître le canevas sur le bout des doigts, je suis toujours la première à répondre à l’invitation.

Car si la qualité des barbecues belges manque souvent au rendez-vous, il n’est autre qu’un excellent prétexte pour passer un moment des plus conviviaux.

 

J’attends donc chaque fois prochain avec impatience, en laissant le soin à quelqu’un d’autre de s’en occuper !

L’incontournable poulet du dimanche

Posté le 29 mai 2016

Il y a de cela quelques dimanches, après un weekend bien arrosé, l’idée de préparer un repas revigorant me titillait.

 

Je rêvais d’un plat mijoté longuement au four, laissant filtrer de délicieuses odeurs, qui se répandraient jusqu’au canapé, où je récupérais gentiment.

 

J’ai donc, à tout hasard, poussé la porte de la Maison Liénard.

 

Il existe encore quelques rares commerces de proximité, où la patience et la gentillesse du marchand ont fait de son enseigne une institution incontournable du quartier.

 

Je croyais cette époque révolue… jusqu’à ce fameux jour.

 

Petite bonne femme pleine d’énergie, aux douces pointes d’accent espagnol, Madame Liénard donc, tient sa maison depuis presque 40 ans.

 

Rien à voir avec un préposé boucherie, qui ne sait pas différencier une aile de dinde d’un blanc de pintade.

Aucune comparaison avec des produits présentés sous une double couche de plastique, calibrés, et gonflés à l’eau pour leur donner une certaine consistance.

Oubliée la légende du « renifleur », qui écarterait les cuisses pour sentir l’intérieur, et enverrait tout ce qui a une petite odeur à rôtir avec une bonne dose d’épices…

 

Avant même de rentrer dans la boutique, je succombe sous les fumets qui émanent depuis la rue.

 

Ici, pas d’urgence ; même si elle trime sans relâche, de la lourde broche de la rôtissoire qui la rend toute rouge, à la minutieuse préparation de ses bêtes, Madame Liénard prend le temps de recevoir chaque client comme il se doit, et de lui taper un brin de causette.

 

C’est donc tout un petit monde d’habitués qui se serre devant l’étalage, attendant patiemment d’être servis.

 

Madame Liénard m’accueille avec cette apostrophe:

« -Alors, qu’est-ce que je peux faire pour vous aujourd’hui? »

S’en est suivi une recherche pointue sur la taille de la volaille que je désirais, le tout agrémenté d’anecdotes sur son élevage, dans un perpétuel sourire.

illu_poulet

Certains commerces irritent par leur pénible habitude de pousser à la consommation…

Ce n’est pas les mœurs de la maison, où on se contente de vous servir sans vider le contenu de votre porte-monnaie.

Ici donc, pas de « y’en a un peu plus, je vous le mets? » ou de « j’arrondis à cent grammes près hein », et encore moins de « si vous en prenez trois le quatrième est gratuit, je dis ça, je dis rien ».

Vous entendrez plutôt:

« -Eh ben, quand vous aurez mangé tout ça… !  »

Voilà qui fait du bien.

 

Vous l’aurez compris, je suis, depuis, devenue une fidèle cliente!

Et c’est autant pour la gentillesse de la commerçante que pour ses délicieux poulets, que je me rends dans sa boutique.

 

Mais je n’en dis pas plus, et vous laisse le plaisir de converser à votre tour, avec la plus sympathique volaillère de Bruxelles!

Allez une fois me goûter tout ça… mais gardez-moi un poulet !

Temps de merde !

Posté le 27 avril 2016

Avril s’achève tranquillement.

 

Les douces températures, de saison, m’ont permis d’ouvrir ma terrasse, et d’y déposer quelques fleurs.

 

Le soleil, de moins en moins farouche, a quelque peu rougi ma peau imprudente, lors d’un après-midi d’insouciance aux Etangs d’Ixelles, assise sur l’herbe tendre.

 

Les premiers apéros prolongés envahissent les trottoirs des cafés, faisant renaître la vie fourmillante de la capitale.

Et c’est quelque peu rosée par un coucher de soleil dégagé, que je rentre chez moi, sous les tardives lueurs du jour.

 

Oui, le printemps est bien là…

 

Mais quelle chimère je viens de décrire !

Aurais-je donc tant besoin de rêver, pour sortir de ma langueur?

Je crois bien que c’est tout ce qu’il me reste…

 

Où se cache donc la belle saison ?

N’y a-t-il plus le moindre euro dans les caisses du gouvernement pour commander un peu de soleil ?

Dites-nous la vérité pour une fois !

 

Sans l’espoir du moindre rayon, me voici toujours à l’heure d’hiver…

 

Je ne quitte plus mon vieux gilet en laine, compagnon de mes soirées humides et fraîches depuis le mois d’octobre, et ressens déjà les affres du douloureux couperet qui tombera sur ma régularisation Lampiris.

 

Alors que le barbecue prend l’eau au dehors, je déguste tristement un moule-frite, et son jus anti-rhume, en regardant la pluie ruisseler sur le carreau.

 

Mes lunettes de soleil restent sinistrement dans leur boîtier, tandis que mon parapluie, qui n’a jamais le temps de sécher, est devenu le prolongement de mon bras droit.

 

Et, pas plus tard que ce matin, quelques indifférents flocons sont tombés sous mes yeux à peine éveillés, avant de s’écraser contre le goudron détrempé…

 

Cette dernière aberration météorologique a eu raison de ma décision :

illu_parapluie

Tant que la drache nationale persistera sous de nombreuses rafales de vent qui giflent mon visage -jadis si doux!- ;

Tant que les giboulées n’auront pas compris qu’elles appartiennent au mois de mars, et non à la fête du muguet;

Tant que je devrai acheter des mouchoirs en tissu par paquets économiques;

 

Je me déclare en hibernation, ne sortirai de chez moi que lors des rares éclaircies, et seulement si le besoin s’en fait ressentir (m’acheter de quoi faire un bouillon, par exemple).

 

Et tant pis si je gèle l’économie par mon inaction (nous ne sommes plus à un dérèglement climatique près) !

 

A bientôt donc, et comme on ne le dit que trop bien par les temps qui courent:

« Ne vous découvrez pas d’un fil » (et n’oubliez pas votre chemisette thermique).

 

Ps: Quelqu’un a des Moon Boots à prêter jusqu’à la mi-août?

Le couple de l’année au Marché de Flagey

Posté le 20 avril 2016

Par un beau samedi ensoleillé, je sors mon caddie, et le fais tranquillement rouler jusqu’à Flagey.

Direction le marché !

 

A peine arrivée sur la place, je succombe face au premier étalage; les fromages !

 

Joliment présenté, du Saint Nectaire à la Fourme d’Ambert, chaque morceau fait divinement envie.

 

Derrière le présentoir, une roue de brie en tablier, cuir chevelu flamboyant, s’occupe de ma commande:

« -Mettez-moi 200 grammes de celui-ci avec les trous, et la même chose de celui-là, le bien crémeux.

-C’est à la découpe, hein, je fais à l’œil quoi, me répond froidement la maraîchère, le couteau à la main.

-Oui, je vous fais confiance. »

La commerçante s’exécute, découpant deux larges morceaux, qui n’ont pas vraiment l’air de répondre à ma demande.

« -Voilà, reprend-t-elle, 16 euros. »

J’avale de travers le bout de parmesan proposé en dégustation:

« -Pardon? J’ai pas demandé un demi kilo de chaque….

-Ah je vous ai dit que c’est à la découpe !

-Mais enfin vous auriez-pu…

-Oui mais maintenant c’est trop tard ! »

 

Je ramasse ma provision de lactose pour les trois semaines à venir, et tends, non sans mal, mon beau billet à la grosse fromagère, trop occupée à se prendre la tête avec le client suivant pour m’adresser un sourire.

 

Pas très commerçante la rombière, me dis-je. En tout cas, elle vient de perdre une cliente; hors de question d’avoir encore affaire à elle, aussi délicieux soit son morbier fruité !

 

Je passe à autre chose, et continue mes emplettes chez le charcutier d’à côté.

 

« -Voilà madame, six belles tranches! Alors ça nous fait donc… »

Mais le vendeur a soudain l’air confus:

« -S’cusez, j’ai un problème avec la balance… Attendez, je recommence… Ben zut alors.

-Sinon, faites-moi un prix, propose-je au maraîcher interdit.

-Non, mais c’est parce que c’est une nouvelle machine alors… Josie vient voir un peu! »

 

C’est alors que la fromagère, quittée non sans rancune quelques minutes plus tôt, sort de son échoppe, pour rejoindre celle de son mari.

Serait-ce mon jour de malchance?

 

Lunettes sur le nez, Madame Brie donc, s’agite sur la caisse nouvelle, de ses dix faux-ongles vernis.

« -A quoi t’as touché René?

-Ben à rien…

-T’as forcément touché à un truc! reprend la mégère en colère.

-Non je te dis, je comprends pas ct’ engin ! répond l’autre.

-Sinon, faites-moi un prix, tente-je à nouveau, légèrement à bout. »

 

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Mais le duo fait la sourde oreille, trop occupé à sa nouvelle technologie, plus importante que sa clientèle…

 

Devant le couple en pleine scène de ménage, j’apostrophe une dernière fois la maraîchère, aussi rouge que sa piètre coloration, et lui lance dans un grand sourire victorieux:

« Franchement Josie, il n’y a pas de quoi en faire tout en fromage ! »

 

Et sous le regard interdit du binôme ébahi, je suis partie.

La vie commence à trente ans

Posté le 13 avril 2016

Nous y sommes, la trentaine a frappé à ma porte, déposant à mes pieds, en plus du chiffre rond, son lot de questions existentielles.

 

Quoi? Déjà? Si vite? Et personne ne m’a prévenue?

Comment est-ce arrivé?

 

Hier encore, je quittais le cocon familial…

Hier? Ah non! C’était il y a dix ans, soit 3650 jours.

Tout de même…

 

Pourtant, lorsque je me regarde nonchalamment à travers la vitre du tram attrapé à la hâte, ruisselante après une course sous la pluie, capuche sur la tête et mascara dégoulinant, j’ai l’air d’une éternelle adolescente.

 

Angoisse, peur de temps qui passe, regret des années d’insouciance…

Nous y voilà donc.

 

Serais-je devenue une vraie adulte, au sens péjoratif du terme?

Où est le temps?

 

Il suffit !

J’arrête ici les jérémiades, dignes d’une douairière face à l’apparition du phonographe.

 

Après tout, je n’en suis qu’au tiers de ma -je l’espère- longue vie…

Et puis, qui m’oblige à toutes les obligations qu’imposent le grand âge, sinon moi?

J’y penserai, oui oui. Mais plus tard.

 

Pour le moment, je vais plutôt profiter de ce vent de liberté !

 

A commencer par continuer sans culpabilité mes grasses matinées prolongées. Et si je n’arrive désormais plus à dormir jusque midi, je profiterai d’autant plus de ma journée (c’est fou tout ce qu’on peut faire en un samedi !).

 

Alors que je planifie gaiement mon été, je n’envie pas le moins du monde les plus jeunes, qui, à l’heure actuelle, pensent blocus, cote de présence et remises pour septembre.

 

Je saute sur les carrés d’herbe et les bières fraîches dès les premiers rayons de soleil !

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Je commence même à oublier les paroles de La Tribu de Dana, voilà qui est curatif !

 

Que se posent sur moi les regards admirateurs ; je suis née dans les années quatre-vingt, période qui relève du mythe pour ceux qui ne l’auraient pas connue !

 

Les plus âgés lorgnent sur ma jeunesse et ma vigueur, alors que les plus jeunes envient mon indépendance et ma sagesse.

Serait-ce, en fait, l’âge parfait?

 

A moi, les privilèges de cette nouvelle décennie, toutes contraintes envolées !

 

Un nouveau chapitre s’ouvre, et je l’accueille à bras ouverts, laissant les fameuses interrogations s’acheminer quand je l’aurai décidé.

Parce qu’un jour viendra, où j’aurai le triple d’aujourd’hui…

La gueule de bois du 22 mars

Posté le 23 mars 2016

Ce matin, je me suis réveillée avec la gueule de bois.

 

Pourtant, la veille, je n’ai pas picolé à outrance.

Mais quelque chose a du mal à passer…

J’ai l’esprit brouillé, un sale goût dans la bouche, et un poids dans tout le corps.

 

Hier, calfeutrée dans ma maison à tourner en rond, j’en suis arrivée à envier mon chat, qui ronronnait insouciant, au son des hélicoptères et des sirènes hurlantes.

Hier, le surréalisme a atteint son paroxysme.

Hier, c’était hier.

 

Aujourd’hui, la tête encore lourde et le cœur serré, je veux récupérer mes droits et ma liberté dans cette capitale, qui est la mienne et celle de milliers d’autres ;

Une ville multiculturelle à la diversité omniprésente, dont les parcs, les théâtres et musées, les bars fourmillants et les places animées ne demandent qu’à se remplir de nouveau.

 

Aujourd’hui, je ne me sens pas plus belge qu’hier, pas plus bruxelloise qu’il y a deux jours, pas plus patriotique que d’ordinaire, pas plus européenne que ça.

 

Je me sens citoyenne d’un monde qui part en vrille, impuissante face à tant d’abomination, tant de médiocrité, tant de décisions politiques signées en douce sur un coin de table ; impuissante face à une démocratie qui n’en porte, hélas, que le nom ; impuissante face aux uns qui vivent quotidiennement ce que nous avons connu hier, et aux autres que l’on trimbale comme des pions, d’une frontière à l’autre.

 

Mais je veux reprendre possession de mon quotidien, chamboulé par une bande de fous furieux au cerveau plus pétri qu’une pâte à gaufre.

 

Alors, au nom de toutes les victimes du terrorisme, je vais continuer à vivre selon mes propres valeurs, enseigner ce qui me semble juste, écrire ce qu’il me plaît d’écrire, me sentir libre d’aller où bon me semble, sans cette peur qui prend aux tripes, et que l’on essaye de me refiler avec horreur.

 

Je vais retrouver ma vie et ma ville, ses fêtes, ses marchés, ses verres en terrasse dès que le moindre rayon de soleil se fait sentir, son bordel et son incohérence, ses cons et ses chouettes gens, ses embouteillages et ses rassemblements.

 

Cette gueule de bois-là, il va me falloir longtemps pour m’en remettre…

Je me sens petite, toute petite.

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La magie du direct, ou le remplissage par le vide

Posté le 16 mars 2016

Hier soir, je ne sais pour quelle raison stupide, j’ai regardé le JT.

 

Naïve, j’avais en tête la diffusion d’une information utile, transmise avec une certaine retenue, dans un contenu honnête, conduit par une rédaction clairvoyante…

 

(Permettez que j’éclate de rire).

 

Trêve de plaisanterie, je connais le côté pervers des médias, et cette triste faculté qu’ont les journalistes à plonger sans scrupules dans le sensationnalisme dramatique, se couvrant, chacun à leur tour, de ridicule.

 

Je m’attendais donc en toute honnêteté à ce genre de direct, ressemblant plus à de la télé-réalité qu’à une réelle actualité.

Mais, dans un ultime bénéfice du doute, j’ai allumé mon poste.

 

La première accroche aurait déjà du me faire fuir:

« Edition spéciale, un seul titre bien sûr, ce soir ».

Tiens, la RTBF tourne au chauvinisme…

Au vu des événements, le reste du monde n’a aucune importance, et l’actualité belge mérite bien plus qu’une unique chronique bien ficelée.

 

S’en suit donc une pluie de reportages, dotés, je l’avoue, de nombreuses qualités, dont l’Information ne pourrait se passer.

Notons:

 

-De vrais éclaircissements;

« L’opération suit son cours et n’est pas encore terminée ».

-Du suspense;

« Le parquet ne souhaite pas s’exprimer, mais il pourrait-peut-être communiquer dans le courant de la soirée ».

-Du bon sens;

« Il faut sécuriser le périmètre de sécurité ».

-Des précisions ;

« La conférence du parquet est bien attendue ce soir, dans quelques heures, peut-être quelques minutes ».

 

En bref:

« On ne sait rien, mais on va quand même vous le dire! »

 

A la mi-journal, pour l’œil distrait qui aurait eu un moment d’absence, la rédaction reprend du début:

« On revient à présent sur les événements, en images et en témoignages ».

Ouf ! J’avais peur d’avoir loupé quelque chose…

 

Le remplissage par le vide se poursuit donc en toute franchise, enchaînant pauvrement -et en boucle-, les interventions de monsieur et madame tout le monde, dont l’un qui va devoir rentrer à pied, et l’autre à qui on est parvenu à faire dire « qu’il a entendu des coups de feu mais qu’il ne sait rien ».

(J’accorde d’ailleurs la palme de l’interview au bourgmestre :

« Les enfants vont bien, j’ai juste vu une petite fille pleurer parce qu’elle avait perdu son cartable »).

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Heureusement, François de Brigode est d’humeur champêtre (serait-ce l’arrivée du printemps?), et relâche la tension, ô combien palpable :

-« On peut dire que ce soir la chasse à l’homme continue à Forest. C’est une bonne pêche pour les policiers ».

 

Tel un disque rayé, la répétition continue, à l’aide d’experts en la matière:

« -Des coups de feu on retenti, visant les policiers, donc on le voit, c’étaient des individus visiblement armés.

Et trente secondes plus tard:

-En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’ils étaient armés. »

 

Entre temps, les différents reporters se les pèlent sur le terrain, afin de nous préciser que « l’opération est toujours en cours » (au cas-où quelqu’un l’aurait oublié).

 

Au moment où le sujet est tellement épuisé qu’il deviendrait malsain d’en parler davantage, la rédaction sort son dernier atout: les archives !

L’émission de télé-réalité nous repasse alors son premier épisode: « Souvenez-vous, … »

 

Mais c’en est trop. Définitivement. Et je coupe mon écran, dans un soupir de soulagement.

 

Sans rancune, François et toute la bande, continuez votre bavardage, je suis malheureusement sûre que l’audimat suit son cours.

Allez, à demain pour de nouvelles précisions, j’espère que machin-chose aura récupéré sa voiture, j’en ai du mal à trouver le sommeil !

Huit mars, journée internationale du shopping

Posté le 9 mars 2016

Chaque année à l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, j’ai les nerfs en pelote…

 

Non pas face à l’indignation de certains et certaines, qui réclament que dédier une journée à la femme est discriminatoire

(il est vrai qu’à côté de journées mondiales du tricot ou des toilettes, il y a de quoi rester perplexe) ;

 

Non plus parce que penser au droit des femmes un jour par an soulage les consciences pour les autres jours de l’année ;

 

Tout cela est favorable au débat, et ne comporte donc rien de bien méchant.

 

Ce qui me met en pétard est bien plus ordurier.

 

Chaque 8 mars, en ouvrant ma boîte mail, je tombe sur des réclames en tout genre, de la part de grandes enseignes.

La cause de cet élan de générosité ?

La journée de la femme, pardi!

 

Je suis donc couverte de « cadeaux » que je n’ai plus qu’à aller chercher, en glissant dans l’oreille de la vendeuse un super code secret-complice.

 

« Pour toute commande passée aujourd’hui, recevez votre tote bag ! » .

(Parce que « sac en toile » sonne vieille scoute, et non femme libre, glamour, et indépendante).

 

La besace en question est bien évidemment dotée d’un énorme logo, histoire que je trimbale la marque dans toute la ville, pour pas un rond.

Peut-être devrait-on préciser qu’il ne s’agit pas de la journée de la femme-sandwiche?

 

Dans un autre mail, so girly, petit cœur à l’appui, une boutique en ligne me propose ceci:

« Offrez-vous un nouveau portefeuille, et dites-vous merci ».

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Afin de marquer « cette journée exceptionnelle qui est la mienne », j’ai droit à une réduction sur un fond de stock, dont la fabrication plus que douteuse, implique probablement une autre femme, à l’autre bout du monde, dans une usine de misère, où l’on attrape toutes sortes de saloperies incurables en moins de deux inhalations.

Merci mais non merci.

 

Pour ces institutions (au sens marketing de haut niveau), le 8 mars est donc la journée « on en profite pour faire du profit ».

Bravo pour ce détournement minable.

 

Une chose est sûre, grâce à vos actions commerciales peu réfléchies, j’éviterai soigneusement de remettre un pied dans vos magasins.

 

En espérant que vous n’avez pas la conscience tranquille (ce dont je doute, hélas, fortement), recevez, ma déconsidération la plus distinguée.

Une semaine sans alcool

Posté le 2 mars 2016

Dimanche, après un weekend bien arrosé, la tête qui résonne et un trou dans l’estomac, je me convaincs de passer une semaine entière sans une goutte d’alcool.

 

Finis les réveils lourds et les journées subies, à moi la vie légère de rose fraîche gorgée d’eau !

 

Gardons les petits verres pour les grandes occasions.

 

Lundi donc, sans rechigner, j’accompagne mon souper d’un grand verre de Marie-Henriette (histoire, tout de même, d’avoir quelques bulles).

Rien ne vient à manquer, je me sens divinement bien !

 

Avec le dimanche en prime, je suis déjà à deux jours de cure, ça mériterait bien un petit… non, non et non, il faut tenir !

 

Mardi, alors que je m’apprête à passer une deuxième soirée en tête à tête avec ma Brita, une bouteille de blanc m’interpelle dans la porte du frigo.

Un reste de samedi soir, un excellent Sancerre (pour autant que je me souvienne), qui va devenir du bête vin de cuisine?

Non, je ne puis m’y résoudre, il finira dans un ballon !

 

Bien, mes résolutions ne sont pas exactement telles que je me les étais promises…

Mais que serait une règle sans ses exceptions ?

Après tout, un si petit écart n’est pas à prendre en considération.

 

Mercredi, parée de mon cubi de jus de pomme, je retrouve Jules, quelque peu dépité par une journée morose.

Je ne puis le laisser dans cet état…

-Allez, prends ton manteau, je t’emmène à La Trinquette !

(Inutile de préciser qu’il ne s’agit pas d’un bar à smoothies).

C’était pour son bien…

 

Jeudi, le weekend est si proche que j’ai envie d’y être, et rassemble pour ce faire, les copains à la maison.

Chacun arrive, bouteille à la main.

Il faut bien faire honneur…

Voilà voilà, jamais deux sans trois.

 

Vendredi,… c’est vendredi ! N’allons pas chercher plus loin.

 

Samedi midi, je ne puis refuser le Bordeaux que Mamy a eu tant de peine à ouvrir à cause de son arthrose…

 

Le soir, de passage place Flagey, il serait indélicat de me trouver devant l’Amère à Boire sans offrir une tournée de rhum arrangé.

Et puis, foutu pour foutu :

-Mettez-moi un mojito avec ça !

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Dimanche, après un weekend bien arrosé, la tête qui résonne et un trou dans l’estomac, je me convaincs de passer une semaine entière sans une goutte d’alcool.

 

Finis les réveils lourds et les journées subies, à moi la vie de rose fraîche gorgée d’eau !

 

Gardons les petits verres pour les grandes occasions !

 

Lundi, …

Pardon, Daniel Day Lewis

Posté le 24 février 2016

Hier, après une journée de pluie, de grêle et d’alerte à la bombe (le quotidien de Bruxelles en somme), Jules et moi avons décidé de nous détendre devant un bon film.

 

Quel plaisir de me caler dans le fauteuil, alors que le héros poursuit sa quête sans relâche, tandis que je remonte tranquillement la couverture sous mon nez.

 

Après 20 minutes de tergiversations, il faut nous rendre à l’évidence:

Je suis d’humeur développement personnel et beaux paysages, alors que Jules est plus zombie et tronçonneuse…

 

Nous arrêtons finalement notre choix sur un classique.

 

C’est parti pour le générique. Vient le premier plan, le protagoniste est de dos, il se retourne, et…

 

Pause

-Quoi?

-Tu peux éteindre la lampe? Il y a un reflet dans la télé.

-D’accord. Voilà.

C’est reparti.

Déjà dix bonnes minutes d’une intrigue prometteuse.

Pause

-Je reprendrais bien un verre.

Daniel Day Lewis reste poliment figé sur l’écran, tandis que je reviens avec la bouteille.

Nous reprenons la lecture.

-Vas-y, dis-leur, ne te laisse pas faire !

-Oh non, il ne va tout de même pas…

Pause

Le smartphone clignote.

-C’est peut-être du boulot.

-Alors?

-Non, rien. Par contre t’as vu cette vidéo?

-Montre!

Nous quittons le visionnage pour un moment Youtube de piètre qualité.

Désolée Daniel, on ne t’interrompra plus!

Pause

Je dois faire pipi.

-Ouf ! Voilà.

Cette fois, rien ne pourra nous empêcher de…

Pause

Le chat veut sortir.

Nous continuons.

-Il date de quand encore ce film?

-Attends, on va vérifier.

Pause

-Oh je connais cet acteur, je sais plus dans quoi il joue !

-Attends, on va vérifier.

Pause

-Tu crois qu’il va mourir?

-Attends, on va… enfin non, on verra bien en fait.

Vient le moment intense du dénouement.

-Il faut qu’il gagne, il faut qu’il gagne!

Pause

Le chat veut rentrer.

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Au générique de fin, je m’étire de fatigue.

Pourquoi suis-je si lasse?

Un coup d’œil à l’heure: il est passé minuit.

Tiens? Le film n’était pas si long pourtant !

 

Nous montons nous coucher.

 

Sous la couette, Jules lit un dernier article:

-Notre capacité de concentration serait diminuée à cause du flux important de médias sur les réseaux sociaux.

-Ah bon? Je ne comprends pas, non, pour ma part, tout va bien… de quoi on parlait déjà?