Ce devait être, sans doute, le moment le plus redouté de mon existence.

 

Par un hasard inespéré, je n’avais jamais eu à subir un tel événement.

Combien de fois n’ai-je pas imploré le ciel, cachée dans les toilettes, pour que cela ne m’arrive pas !

 

Je veux parler de cet affront, cette honte générale, cette hypocrite démonstration d’amitié :

 

Le Joyeux Anniversaire chanté à la cantonade au restaurant.

Il a bien fallu que cela m’arrive un jour…

 

Ce soir-là, à la fin  du repas, dignement fêtée,  je peine à profiter de mon verre tant je panique à l’idée que cela pourrait arriver.

 

Tout à coup, sur un kitschissimme « Joyeux Anniversaire » entonné par la probable cousine de Sandra Kim appuyée d’une vieille techno qui n’aurait même pas sa place dans les haut-parleurs de Walibi, les lumières s’éteignent.

La serveuse arrive du fond de la salle, un feu de Bengale entre les mains, alors que la plupart des clients applaudit déjà en rythme.

 

Je deviens blême, scrute chacune de mes copines d’un œil accusateur qui, elles, se réjouissent.

Mais ce n’est pas pour cette fois.

La serveuse, vire à gauche, et adresse le lourd présent à un autre martyr.

 

Les lumières se rallument.

Soulagée, je reste sur le qui-vive.

Mais quelques minutes à peine et la salle est à nouveau plongée dans le noir.

J’ai un frisson.

 

Une voix de Chipmunk annonce, à son tour, l’heureuse journée.

Ouf ! celui-là encore est adressé à un gamin, qui en voudra toute sa vie à ses parents, et qui, pour l’heure, a enfoui son visage dans la capuche de son pull, tirant au maximum sur les cordons pour ne pas être reconnu.

 

Au troisième coup, retentit le tant redouté « Eeeet encore une bougie d’soufflée ! »

Cette fois c’est pour ma pomme.

Patrick Sébastien m’adresse ses meilleurs vœux à travers les baffles, alors que la serveuse dépose un faux trois étages en aluminium devant moi, renversant par la même occasion ce qu’il restait de mon Mojito.

Les clients en ont doucement leur claque, et le nez dans leur assiette, soupirent, sans prendre la peine de battre des mains.

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Ce n’est pas comme si je pouvais souffler la bougie et remballer l’affaire, non, il me faut attendre que le tube en carton veuille bien cesser d’émettre des étincelles…

 

Somme toute, je ne fais que subir un revers de médaille, ayant pris moi-même un malin plaisir à piéger mes camarades par le passé.

Mais, à charge de revanche, je suis bonne joueuse, le prochain aura les confettis et les mariachis !

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