Samedi, sans m’en douter, je me suis attelée à une tâche bien compliquée;

J’ai voulu prendre le train.

 

Cela faisait un bout de temps que je ne m’étais plus frottée au rail belge, et c’est donc en toute naïveté que je suis arrivée à la gare de Bruxelles Midi sans prendre le soin d’acheter mon billet en ligne…

 

Peut-être avais-je encore l’espoir d’un chaleureux contact humain, d’un renseignement bien placé, voire même d’un sourire, qui sait ?

Quoiqu’il en soit, c’est de bonne humeur que je m’apprêtais à passer de tranquilles heures de voyage, bercée par les saccades des locomotives et les pages d’un bon livre.

 

Parvenue dans le hall de la gare, au vu des longues files devant les guichets, je me tourne vers les bornes automatiques.

Sur les quatre, trois sont en état de fonctionnement.

-« Quelle veine! Serait-ce mon jour de chance ? ».

 

Quelques manipulations sur l’écran peu réactif, et il ne me reste plus qu’à encoder la destination… pour laquelle je rencontre quelque problème.

Heureusement, Madame SNCB, orangée des pieds à la tête, vient à ma rescousse dans sa large veste fluo:

 

« -Je peux vous aider ?

-Oui, je n’arrive pas à taper la gare d’arrivée.

-Vous allez où?

-A La Haye… Den Haag si vous préférez.

-Vous avez raison, y a pas ! Vous êtes sûre que ça existe?

-Oui, certaine…

-Attendez, Den Haag, c’est en Belgique?

-Non…

-Ah ! Dans ce cas, vous devez faire la file, porte rouge ! »

 

Après cette brève leçon de géographie, je me rends prestement à la dite porte rouge.

Malgré la longue queue et le peu de guichets ouverts, je reste patiente.

Au moment où vient mon tour, j’essuie un nouveau refus:

« -Ici c’est pour les gares nationales madame, allez porte mauve pour les autres départs. »

 

Serait-on en train de se jouer de moi?

 

Porte mauve, lueur d’espoir dans mes pupilles, je réitère ma demande.

C’eut été trop beau :

« -Vous êtes aux départs futurs. Si vous voulez partir aujourd’hui, allez aux départs immédiats, porte bleue ».

 

A courir de porte en porte, j’ai plus la sensation d’être à Fort Boyard qu’à Bruxelles Midi, mais je ne perds pas espoir, et poursuis ma quête surréaliste, bien qu’un peu nauséeuse ; toutes ces couleurs me font tourner de l’œil.

 

Porte bleue, malgré mes explications sur mon marathon dans toute la station et l’imminence du départ de mon train, on me tend un numéro.

(Je pensais être à la gare, et non à la boucherie du Colruyt…)

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Je trépigne, sans quitter des yeux les numéros qui défilent.

Enfin, je passe au guichet !

 

« -Je peux voir votre ticket?

-Oui, voilà, le 67.

-C’est pas dit que je vais avoir le 67… c’est pas encore affiché.

-Mais vous venez d’avoir le 66 !

-C’est pas moi qui décide, c’est la machine. Ah ben voilà, c’est noté le 12! Reculez s’il-vous-plaît. »

 

Je retourne dans la file, -non sans me demander de quelle couleur est la porte pour hurler un bon coup-.

L’annonce de mon train disparaît du panneau d’affichage.

Adieu petite escapade du weekend !

 

-« Vous pouvez prendre le suivant hein ».

Ben oui tiens, j’ai toujours rêvé de passer mon samedi après-midi au Sam’s Cafe.

 

Je suis retournée dire un mot à Madame SNCB :

« -Dites, vous m’avez mal renseignée, j’ai raté mon train…

-Ah ben moi je sais pas hein, c’est ce qu’on m’a dit de dire ! »

 

J’ai pris une ultime porte, celle de la sortie, et je suis rentrée chez moi (avec la musique de Fort Boyard en tête bizarrement…).

 

Pour ce qui est des relations humaines, je dois admettre que j’ai été bien servie :

Stupidité, Nébulosité, Crétinerie, Bêtise.

Tiens, ça me rappelle quelque chose…

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