Par un beau samedi ensoleillé, je sors mon caddie, et le fais tranquillement rouler jusqu’à Flagey.

Direction le marché !

 

A peine arrivée sur la place, je succombe face au premier étalage; les fromages !

 

Joliment présenté, du Saint Nectaire à la Fourme d’Ambert, chaque morceau fait divinement envie.

 

Derrière le présentoir, une roue de brie en tablier, cuir chevelu flamboyant, s’occupe de ma commande:

« -Mettez-moi 200 grammes de celui-ci avec les trous, et la même chose de celui-là, le bien crémeux.

-C’est à la découpe, hein, je fais à l’œil quoi, me répond froidement la maraîchère, le couteau à la main.

-Oui, je vous fais confiance. »

La commerçante s’exécute, découpant deux larges morceaux, qui n’ont pas vraiment l’air de répondre à ma demande.

« -Voilà, reprend-t-elle, 16 euros. »

J’avale de travers le bout de parmesan proposé en dégustation:

« -Pardon? J’ai pas demandé un demi kilo de chaque….

-Ah je vous ai dit que c’est à la découpe !

-Mais enfin vous auriez-pu…

-Oui mais maintenant c’est trop tard ! »

 

Je ramasse ma provision de lactose pour les trois semaines à venir, et tends, non sans mal, mon beau billet à la grosse fromagère, trop occupée à se prendre la tête avec le client suivant pour m’adresser un sourire.

 

Pas très commerçante la rombière, me dis-je. En tout cas, elle vient de perdre une cliente; hors de question d’avoir encore affaire à elle, aussi délicieux soit son morbier fruité !

 

Je passe à autre chose, et continue mes emplettes chez le charcutier d’à côté.

 

« -Voilà madame, six belles tranches! Alors ça nous fait donc… »

Mais le vendeur a soudain l’air confus:

« -S’cusez, j’ai un problème avec la balance… Attendez, je recommence… Ben zut alors.

-Sinon, faites-moi un prix, propose-je au maraîcher interdit.

-Non, mais c’est parce que c’est une nouvelle machine alors… Josie vient voir un peu! »

 

C’est alors que la fromagère, quittée non sans rancune quelques minutes plus tôt, sort de son échoppe, pour rejoindre celle de son mari.

Serait-ce mon jour de malchance?

 

Lunettes sur le nez, Madame Brie donc, s’agite sur la caisse nouvelle, de ses dix faux-ongles vernis.

« -A quoi t’as touché René?

-Ben à rien…

-T’as forcément touché à un truc! reprend la mégère en colère.

-Non je te dis, je comprends pas ct’ engin ! répond l’autre.

-Sinon, faites-moi un prix, tente-je à nouveau, légèrement à bout. »

 

illu_fromage

 

Mais le duo fait la sourde oreille, trop occupé à sa nouvelle technologie, plus importante que sa clientèle…

 

Devant le couple en pleine scène de ménage, j’apostrophe une dernière fois la maraîchère, aussi rouge que sa piètre coloration, et lui lance dans un grand sourire victorieux:

« Franchement Josie, il n’y a pas de quoi en faire tout en fromage ! »

 

Et sous le regard interdit du binôme ébahi, je suis partie.

Commentaires

commentaires