L’âge adulte bien entamé (même si je n’arrive toujours pas à m’y faire), mes aînés, -emplis d’une sagesse inconditionnelle et d’un modèle de vie inébranlable-, s’octroient tout doucement le droit de dresser un bilan sur ma courte vie dans le monde des responsabilités.

 

Tels des joueurs d’échecs qui posent méthodiquement leur premier pion, ils tâtent le terrain en commençant les hostilités par ces apostrophes avisées :

 

« Tu aurais du… »

« Il serait temps…  »

« Si tu avais… »

 

Et mes dents grincent déjà.

Lorsque l’occasion m’est donnée, je trouve une excuse pour sortir de la conversation avant de connaître la suite, et laisse en plan la leçon du jour.

Quand je ne peux y échapper, j’incline légèrement la tête en signe de sage écoute, et mets un paquet entier d’ouate psychologique dans mes oreilles.

 

Moi qui pensais avoir franchi le cap des années remontrances « fais ceci, ne fais pas cela »,  je suis loin d’en être libérée…

(A la différence qu’aujourd’hui, on emploie l’usage du conditionnel pour faire passer la pilule plus facilement).

 

En ne respectant pas la « norme », ce modèle de stabilité et de sécurité auquel tout le monde se doit d’aspirer, je suscite l’inquiétude de mon entourage, qui se penche sur moi de tout son jugement, pour m’expliquer ce qu’est la vie.

 

Prenons, au hasard, quelques exemples:

 

« -Si tu avais fait d’autres études, tu n’en serais pas là.

-Il serait temps d’acheter.

-Tu l’as ouvert ce compte épargne pour ta pension ?

-Tu aurais dû passer ton permis comme tout le monde. 

-A ton âge, j’attendais mon troisième.

-Oui, mais à part ça, concrètement, tu fais quoi ?

-Enfin, tu es heureuse et en bonne santé, c’est déjà ça…  »

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Grossièrement dit donc:

« Bouge-toi les fesses ma petite, il est temps de grandir ».

 

Chères grandes personnes, rassurez-vous, je ne vous ai que trop entendu.

Et même si mes journées ne tournent pas autour d’un CDI, d’un emprunt, ou de la recherche d’une crèche, elle est remplie d’un tas d’autres choses qui me donnent envie de me lever le matin.

 

N’est-ce pas là, au fond, le plus important ?

Pour le reste, je propose qu’on en reparle dans trente ans.

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